L’Union européenne veut renforcer l’ESMA pour superviser cryptoactifs, bourses et infrastructures financières, mais plusieurs États dénoncent une perte de souveraineté.
L’Union européenne s’apprête à dévoiler un projet majeur : la création d’un super gendarme financier chargé de superviser l’ensemble des marchés, des cryptomonnaies aux infrastructures boursières. Une réforme ambitieuse qui pourrait transformer en profondeur la régulation financière en Europe… mais qui suscite déjà de fortes résistances parmi plusieurs États membres.
Cette réforme s’inscrit dans la volonté de bâtir un marché européen des capitaux unifié, capable de rivaliser avec les grandes puissances financières mondiales, notamment les États-Unis. Au cœur du dispositif : l’ESMA, l’Autorité européenne des marchés financiers, actuellement basée à Paris.
Un nouveau rôle pour l’ESMA
Aujourd’hui essentiellement consultative, l’ESMA pourrait bientôt devenir un régulateur direct, à l’image de la puissante SEC américaine. La réforme prévoit qu’elle supervise et délivre les licences de tous les services liés aux cryptoactifs, ainsi que les plus grandes infrastructures financières : bourses, chambres de compensation ou dépositaires centraux. Des acteurs majeurs tels qu’Euronext ou la Bourse de Francfort pourraient ainsi passer sous sa surveillance. Les banques et assurances, en revanche, resteraient du ressort national.
Une réforme devenue urgente
L’idée n’est pas nouvelle, mais elle s’est imposée face à un constat préoccupant : l’Europe décroche économiquement. Selon le rapport de Mario Draghi, il manquerait près de 800 milliards d’euros d’investissements privés par an pour retrouver une dynamique compétitive face aux États-Unis.
Dans une économie encore largement dépendante des banques, 70 % de l’épargne européenne dort sur des comptes bancaires. l’Europe peine à financer l’innovation (IA, technologies vertes, capital-risque). Un régulateur unique doit permettre de clarifier les règles, réduire la fragmentation et attirer davantage de capitaux.
Une levée de boucliers immédiate
Avant même la présentation officielle du projet, plusieurs États membres ont exprimé leur opposition :
Malte refuse toute centralisation, notamment pour le secteur crypto.
Le Luxembourg et l’Irlande, poids lourds de la gestion d’actifs, défendent leur modèle et jugent l’ESMA insuffisamment équipée pour gérer la complexité des marchés nationaux.
L’Allemagne reste prudente : favorable à l’harmonisation, mais réservée face à un transfert massif de compétences.
Un chantier colossal
Pour aboutir, la réforme devra obtenir l’accord du Conseil européen et du Parlement. Elle impliquera également un transfert de pouvoirs considérable des régulateurs nationaux vers l’ESMA, ainsi qu’un renforcement massif de ses ressources humaines et de son autonomie.
En attendant ce possible big bang, les débats promettent d’être tendus, et les résistances nationales pourraient ralentir, voire redessiner l’ambition européenne.

