La Belgique se prépare à affronter une année 2025 marquée par une hausse historique des faillites. Selon les prévisions des spécialistes du risque et des données collectées sur les premiers mois de 2024, le pays devrait connaître son plus haut niveau de défaillances d’entreprises depuis 2013. Une tendance qui s’inscrit dans un climat économique tendu, encore alourdi par l’inflation, le coût du travail et l’essoufflement de la consommation intérieure.
Un contexte économique sous haute pression
Depuis fin 2022, les entreprises belges évoluent dans un environnement particulièrement instable.
Malgré un léger ralentissement de l’inflation, celui-ci n’a pas suffi pour apaiser les tensions financières auxquelles font face de nombreux secteurs.
Les principaux facteurs pointés par les économistes sont :
La hausse durable des coûts de production, notamment l’énergie, les matières premières et les salaires.
La pression fiscale et parafiscale, qui pèse davantage sur les PME que sur les grandes entreprises.
La faiblesse de la consommation, conséquence directe de la diminution du pouvoir d’achat des ménages.
La montée des taux d’intérêt, qui renchérit le crédit et complique les investissements.
Résultat : de nombreuses entreprises, déjà fragilisées par les années post-pandémiques, n’ont plus de marge de manœuvre pour absorber un choc supplémentaire.
Les petites entreprises en première ligne
Les faillites touchent toutes les tailles d’entreprises, mais les PME et les micro-sociétés restent les plus exposées.
Selon les tendances observées en 2024, les faillites de structures de moins de dix salariés représentent désormais plus de 80 % des défaillances déclarées.
Certains secteurs sont particulièrement touchés :
1. Horeca : une tempête qui ne faiblit pas
Bars, restaurants et cafés ressentent de plein fouet la baisse de fréquentation et l’explosion des coûts fixes. Pour beaucoup, les aides COVID encore à rembourser rendent la situation intenable.
2. Construction : un secteur toujours fragilisé
La hausse des matériaux, combinée au ralentissement des chantiers, entraîne une pression explosive sur les liquidités.
3. Commerce de détail : la concurrence numérique
L’essor du commerce en ligne continue de bousculer les commerces traditionnels, dont les marges se réduisent année après année.
4. Services et professions libérales
Un nombre croissant de bureaux et d’indépendants déclarent ne plus parvenir à atteindre la rentabilité minimale.
Un record qui reflète une “normalisation” post-pandémie ?
Certains experts tempèrent toutefois l’ampleur du phénomène.
Selon eux, la hausse des faillites est en partie liée à un rattrapage.
Entre 2020 et 2022, les aides publiques massives et les moratoires fiscaux ont artificiellement maintenu en vie des milliers d’entreprises dites “zombies”, dont la viabilité économique était déjà compromise.
“Nous assistons aujourd’hui à une correction du marché”, expliquent plusieurs analystes.
Autrement dit, une partie de cette vague de faillites était statistiquement inévitable.
Impact sur l’emploi : un risque réel mais contenu
Les faillites ne se traduisent pas systématiquement par des pertes massives d’emploi, car beaucoup d’entreprises concernées comptent peu de salariés.
Mais les fédérations patronales s’inquiètent d’un possible effet domino :
la fermeture d’une PME peut fragiliser toute une chaîne de fournisseurs, souvent locaux.
À plus grande échelle, une montée continue des défaillances pourrait également ralentir la dynamique d’investissement et accentuer la prudence des banques dans l’octroi de crédits.
Que peut faire le gouvernement ?
Face à cette situation, plusieurs pistes de soutien sont évoquées :
un allègement temporaire des charges pour les secteurs les plus exposés,
un meilleur accompagnement des entreprises en difficulté,
un renforcement des programmes de relance ciblés, notamment dans l’horeca et la construction,
une simplification administrative pour les microentreprises.
Le gouvernement insiste également sur l’importance de faciliter les reprises d’entreprises saines mais en difficulté, afin de préserver l’emploi.
2026 : vers un possible rebond ?
Si 2025 s’annonce éprouvante, plusieurs indicateurs laissent penser que 2026 pourrait marquer le début d’une stabilisation :
Un ralentissement de l’inflation semble probable.
Les banques centrales envisagent progressivement de réduire les taux d’intérêt.
Les investissements dans les technologies, les énergies renouvelables et la logistique continuent de croître.
Toutefois, les experts appellent à la prudence : un rebond dépendra fortement de l’évolution des prix de l’énergie, de la situation géopolitique européenne et de la capacité du pays à soutenir ses entreprises les plus fragiles.

