La lutte contre le narcotrafic franchit un nouveau cap à Bruxelles. Vendredi 28 août, une vaste opération policière a été menée dans plusieurs quartiers de la capitale avec, pour la première fois dans ce type d’opération intégrée, la participation de militaires belges. Plusieurs centaines de policiers, des dizaines de soldats et des agents de la STIB ont été mobilisés alors que Bruxelles connaît une nouvelle flambée de violences liées au trafic de drogue.
L’opération intervient dans un climat particulièrement tendu. Le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, a averti vendredi que la multiplication des fusillades faisait désormais peser un risque direct sur l’ensemble de la population.
Près de 550 policiers, militaires et agents mobilisés
L’opération dite « FIPA », pour Full Integrated Police Action, a été organisée dans plusieurs points de Bruxelles touchés par le trafic de stupéfiants, notamment autour de Clémenceau, Yser, Rogier et Hankar.
Quelque 450 policiers locaux et fédéraux ont été mobilisés, accompagnés d’environ 70 militaires et d’agents de la STIB. Les six zones de police bruxelloises ainsi que la Police fédérale ont participé au dispositif.
À la station de métro Clémenceau, policiers et militaires étaient notamment positionnés aux différentes sorties. En l’espace d’environ une heure, huit personnes ont été interpellées, certaines étant en possession de quantités de stupéfiants dépassant largement ce qui peut relever de la consommation personnelle.
La présence de l’armée ne signifie toutefois pas que les militaires remplacent la police ou exercent l’ensemble de ses compétences. Leur intervention s’inscrit dans le protocole approuvé par le gouvernement fédéral en mars 2026, qui prévoit un soutien temporaire de la Défense à certaines missions de la police intégrée à Bruxelles.
Ce dispositif autorise notamment des patrouilles mixtes et la sécurisation d’opérations FIPA par des militaires afin de dégager davantage de capacités policières.
Theo Francken veut « reprendre le contrôle »
Le ministre de la Défense Theo Francken a présenté l’opération comme une nouvelle étape dans la réponse des autorités face à la criminalité organisée.
Selon le ministre, les six zones de police bruxelloises, la Police fédérale et les militaires agissent désormais ensemble contre les nuisances, la criminalité et le trafic de drogue.
Theo Francken estime que les autorités doivent reprendre le contrôle des rues et des stations de la capitale et annonce que d’autres opérations conjointes entre la police et la Défense devraient suivre.
Le ministre de l’Intérieur Bernard Quintin défend lui aussi une présence renforcée de l’État dans les quartiers confrontés au narcotrafic.
Pour lui, l’objectif est double : perturber concrètement l’activité des réseaux criminels, mais également rendre la présence des pouvoirs publics beaucoup plus visible dans les zones où le sentiment d’insécurité s’est fortement développé.
69 fusillades recensées depuis le début de l’année
Cette démonstration de force intervient au terme d’une nouvelle semaine marquée par plusieurs incidents impliquant des armes à feu à Anderlecht et Saint-Gilles.
Vendredi, Julien Moinil a présenté un nouveau bilan particulièrement préoccupant : 69 fusillades ont désormais été recensées à Bruxelles depuis le début de l’année 2026.
Depuis le début de 2025, environ 170 fusillades ont été comptabilisées dans la capitale. Ces chiffres actualisent donc les données de 65 fusillades qui circulaient encore quelques jours auparavant.
La très grande majorité de ces violences seraient liées directement ou indirectement au trafic de stupéfiants et aux rivalités entre groupes criminels.
« N’importe qui peut se prendre une balle »
Julien Moinil ne cache plus son inquiétude devant le risque que des personnes totalement étrangères au trafic de drogue soient touchées.
Le procureur a lancé vendredi un avertissement particulièrement fort : « N’importe qui peut se prendre une balle. »
Plusieurs victimes innocentes ont déjà été touchées lors de règlements de comptes dans l’espace public. Le parquet redoute notamment les conséquences de l’utilisation d’armes automatiques dans des quartiers densément peuplés.
L’un des épisodes les plus symboliques de cette escalade s’est produit récemment à Anderlecht, lorsque des hommes cagoulés ont tiré à l’arme automatique en direction d’un commissariat.
D’autres tirs ont également éclaté ces derniers jours à Saint-Gilles. Lors d’une intervention dans la commune, deux suspects ont été interpellés et deux armes de guerre ainsi que deux armes de poing ont été découvertes à proximité. L’enquête doit encore déterminer une éventuelle implication de ces suspects dans les fusillades récentes.
Une guerre de territoire entre réseaux criminels
Selon le parquet de Bruxelles, la dernière vague de fusillades semble notamment s’inscrire dans un conflit entre deux structures criminelles impliquées dans la vente de stupéfiants.
Les tirs peuvent alors provoquer de nouvelles représailles, alimentant un cycle difficile à interrompre.
Le problème ne se limite cependant pas aux exécutants présents dans les rues bruxelloises. Julien Moinil souligne que certains responsables des réseaux criminels se trouvent à l’étranger et estime indispensable de renforcer la coopération internationale pour remonter jusqu’aux commanditaires.
Le parquet réclame également davantage de moyens pour les unités de police judiciaire chargées d’enquêter sur ces organisations.
Bart De Wever réunit les services de sécurité
La situation est désormais traitée au plus haut niveau fédéral.
Vendredi après-midi, le Premier ministre Bart De Wever a convoqué un Comité de coordination du renseignement et de la sécurité (CCRS) consacré aux fusillades et au narcotrafic.
Cette structure rassemble notamment les services de police, les services de renseignement, le Collège des procureurs généraux, les Douanes ainsi que les représentants des ministères concernés.
La réunion pourrait préparer un futur Conseil national de sécurité consacré à la criminalité organisée et à la situation bruxelloise. À ce stade, sa tenue doit toutefois être considérée comme probable plutôt que comme définitivement annoncée.
Une pression accrue sur les réseaux de drogue
Les autorités veulent désormais combiner plusieurs moyens : augmentation de la présence policière dans les rues, coopération avec la Défense, surveillance par caméras, opérations de contrôle, enquêtes judiciaires, saisies d’avoirs criminels et fermeture d’établissements soupçonnés de servir les intérêts des réseaux.
Le gouvernement fédéral considère que la violence liée au narcotrafic a atteint un niveau nécessitant une réponse coordonnée entre les différents services de l’État.
La question centrale sera désormais de savoir si cette intensification des opérations permettra de réduire durablement les fusillades ou si les réseaux criminels se contenteront de déplacer leurs activités vers d’autres quartiers ou vers les communes périphériques.
Pour Bruxelles, l’enjeu dépasse en tout cas largement les règlements de comptes entre trafiquants : avec des armes automatiques utilisées dans des rues, devant des commerces ou contre un commissariat, le risque de voir de nouvelles victimes étrangères au milieu criminel est désormais au cœur des préoccupations des autorités.
Sources
- News.belgium.be — Soutien de la Défense à certaines missions fédérales de la police intégrée
- The Brussels Times / Belga — Police, military, carry out major crime sweep in Brussels
- BX1 — Lutte contre le trafic de drogue : Bart De Wever réunit les services de sécurité
- Euronews / AFP — Brussels chief prosecutor calls for drugs gangs crackdown after spate of shootings
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