La BCE espère pouvoir lancer ses projets pilotes sur l’euro numérique dans moins de deux ans, pour un déploiement à grande échelle de la nouvelle monnaie en 2029. Mais ce n’est pas elle qui décidera de la suite.
La Banque centrale européenne (BCE) a annoncé ce jeudi le passage à une nouvelle phase de son projet d’euro numérique. Après une phase de préparation qui a duré deux ans et permis d’élaborer de premières bases techniques et organisationnelles, l’institution monétaire de la zone euro va accélérer le développement, avec la mise en place de fondations informatiques, de travaux avec les prestataires de paiement, commerçants et consommateurs, et un soutien au processus législatif en cours.En effet, bien que la BCE soit pleinement lancée dans ce projet, celui-ci n’est pas encore validé par les décideurs européens. La banque centrale n’a donc, à ce stade, aucune autorisation pour émettre cette nouvelle forme de monnaie, même à titre expérimental. La décision finale sur l’émission effective, et sur la date à laquelle elle interviendrait, doit émaner des colégislateurs de l’Union (le Parlement et le Conseil européen, sur proposition de la Commission), et est attendue dans le courant 2026.
Qu’est-ce que l’euro numérique? Évoqué depuis 2020, le projet d’émission d’un euro numérique par la Banque centrale européenne (BCE) est entré dans une phase préparatoire en novembre 2023, qui s’est achevée en octobre 2025. Une nouvelle phase opérationnelle est désormais lancée, mais ce sont les décideurs européens qui doivent trancher sur l’émission ou non de cette monnaie. L’euro numérique pourrait voir le jour dès 2027 en version pilote, ou plus tard en fonction de l’évolution du processus législatif. En pratique, il s’agirait d’un « moyen de paiement électronique mis gratuitement à la disposition de tous », explique la BCE. Comme sa version physique, l’euro numérique serait utilisable dans toute la zone euro et serait émis directement par la banque centrale, sans passer par le bilan des banques. Il ne s’agit donc pas d’une cryptomonnaie décentralisée comme le bitcoin ou d’un stablecoin privé. L’euro numérique serait conservé dans un portefeuille électronique placé auprès d’une banque ou d’un intermédiaire public, et utilisable par téléphone (via une app bancaire ou de la BCE elle-même) ou via une carte de paiement, physiquement, sur internet ou entre particuliers, tant en ligne qu’hors ligne. Avec cette alternative aux espèces et aux systèmes bancaires existants et futurs, la BCE veut assurer la souveraineté européenne face aux géants étrangers (Visa et Mastercard) qui dominent les paiements dans de nombreux pays européens.
Bataille de chiffres entre la BCE et les banques
Si ce calendrier prévu est respecté, la BCE pourrait lancer ses premiers exercices pilotes et ses premières transactions en euro numérique dès la mi-2027, avant une éventuelle émission à grande échelle en 2029. Reste à savoir si ces échéances hypothétiques se matérialiseront, car le projet est jusqu’ici loin de faire consensus.
Les banques de la zone euro ne veulent en effet pas en entendre parler. Elles y voient un risque pour leurs bases de dépôts et une charge financière importante en raison de coûts de développement et d’intégration à leurs plateformes existantes. Peu avant l’été, une étude de PWC commandée par les trois plus grandes fédérations bancaires européennes avait estimé le coût de l’implémentation de l’euro numérique à 18 milliards d’euros, voire 30 milliards en incluant des fonctionnalités futures. La BCE, qui a fait de ce projet un marqueur d’autonomie stratégique et financière face aux géants américains du paiement Visa et Mastercard et à l’émergence des stablecoins, a récemment répliqué à ces chiffres avec sa propre étude. Selon elle, le coût se situerait plutôt entre 4 et 5,77 milliards d’euros, grâce à des synergies et des coopérations entre les banques et les autres fournisseurs de services financiers, comme c’est l’habitude en matière de paiements.Pour Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE et président du groupe de travail sur l’euro numérique, cet « effort collectif visant à assurer la pérennité du système monétaire européen » doit absolument voir le jour, car « il renforcera la résilience du paysage européen des paiements, réduira les coûts pour les commerçants et offrira aux entreprises privées une plateforme qui les aidera à innover, se développer et faire face à la concurrence », estime-t-il.

