Les travailleurs célibataires ont davantage l’impression de devoir fournir plus d’efforts que leurs collègues en couple, et estiment que leurs obligations personnelles sont moins prises en compte par leur employeur. C’est ce que révèle une étude menée par l’Université de Gand auprès de 1 509 employés, dont un tiers de personnes célibataires.
L’objectif de cette enquête n’était pas de démontrer une discrimination formelle, mais d’explorer le ressenti des travailleurs en fonction de leur situation familiale.
Des attentes plus fortes envers les célibataires
Selon les résultats, 21 % des travailleurs célibataires ont le sentiment de travailler davantage que leurs collègues en couple, et 26 % estiment que leur employeur attend d’eux plus d’engagement et de flexibilité.
François, 31 ans, employé depuis sept ans dans le secteur audiovisuel, témoigne :
« Comme je n’ai ni enfants ni personne qui m’attend à la maison, je fais plus souvent — parfois quotidiennement — des heures supplémentaires. Je me sens moins légitime que mes collègues avec une vie familiale pour partir à une heure raisonnable. »
L’étude montre en outre que les obligations des célibataires sont souvent jugées moins prioritaires.
Comme l’explique la chercheuse Charlotte Malengier :
« On accepte plus facilement qu’un parent quitte le travail pour aller chercher ses enfants que quelqu’un qui souhaite consacrer du temps à un hobby. »
Des perceptions très différentes selon la situation familiale
Si plus d’un célibataire sur cinq estime travailler davantage, seuls 4 % des travailleurs en couple partagent cette perception.
Pour la chercheuse, cette différence s’explique par une méconnaissance des efforts fournis par chacun :
« On ne se rend pas toujours compte du nombre réel d’heures prestées par nos collègues. La vérité se situe probablement entre les deux. »
Le poids du mythe de “l’employé idéal”
Le ressenti des célibataires est fortement lié au concept d’“employé idéal” : un travailleur disponible, flexible et dont les responsabilités personnelles sont limitées. Les employeurs auraient donc tendance à solliciter plus fréquemment les salariés célibataires pour remplacer un collègue absent ou effectuer des heures supplémentaires.
Pourtant, seuls 65 % des célibataires se disent prêts à être flexibles sur leurs horaires, contre 70 % des personnes en couple.
Ce décalage entre attentes de l’employeur et limites personnelles crée un risque :
« Les célibataires peuvent avoir l’impression qu’on leur en demande trop. Cela peut créer un déséquilibre propice à un burn-out », avertit Malengier.
La pression financière, un facteur aggravant
Les travailleurs célibataires sont également plus exposés à la précarité :
- 45 % d’entre eux (sans enfants) déclarent ne pas avoir de réserve financière en cas de perte d’emploi.
- Ce chiffre grimpe à 59 % pour les célibataires avec enfants.
Cette vulnérabilité les pousse parfois à accepter davantage de travail, par crainte de perdre leur emploi ou par besoin d’augmenter leurs revenus.
Peu de protections juridiques spécifiques
La loi ne prévoit pas de protection particulière pour les travailleurs célibataires face à d’éventuels excès de leur employeur.
Ils peuvent toutefois invoquer le droit à la déconnexion, applicable dans les entreprises de plus de 20 travailleurs.
Comme le rappelle le juriste Bart Vingerhoets (Securex) :
« Un célibataire a tout autant le droit de partir à l’heure parce qu’il va boire un verre avec des amis qu’un parent qui va chercher ses enfants. »
Certaines dispositions légales créent néanmoins un sentiment d’inégalité. Par exemple, en matière de vacances, la priorité est accordée aux familles avec enfants scolarisés entre mai et octobre. Un employeur peut même renforcer ces priorités dans son règlement de travail, notamment en période de fêtes.
Le dialogue comme clé d’un meilleur équilibre
Pour le juriste, la solution passe par la communication :
« Il faut parfois rappeler à son employeur que vivre seul ou ne pas avoir d’enfant n’empêche pas d’avoir une vie en dehors du travail. Chacun a les mêmes droits et aucun célibataire ne devrait se sentir moins respecté qu’un collègue en couple. »

