Une étude suisse démontre que les pigments des tatouages migrent dans les ganglions lymphatiques, provoquent une inflammation chronique et peuvent réduire la réponse immunitaire.
Une étude de grande ampleur menée par le groupe « Infection et immunité » de l’Institut de recherche en biomédecine (IRB), affilié à l’Université de la Suisse italienne (USI), met en lumière l’impact méconnu des encres de tatouage sur le système immunitaire. Après sept années de recherches et la collaboration de douze institutions internationales, les scientifiques révèlent que les pigments ne restent pas confinés à la peau : ils se diffusent dans l’organisme et s’accumulent notamment dans les ganglions lymphatiques, éléments essentiels de la défense immunitaire.
Selon le responsable de l’étude, Santiago González, les macrophages, cellules clés du système immunitaire, capturent ces pigments, déclenchant une réponse inflammatoire en deux phases : une inflammation aiguë de courte durée, suivie d’une inflammation chronique pouvant persister plusieurs années. Cet état prolongé pourrait fragiliser le système immunitaire et accroître la vulnérabilité aux infections ou à certaines tumeurs.
Des effets observés sur la réponse vaccinale
Les chercheurs ont également évalué si les tatouages influencent l’efficacité des vaccins. Les tests menés sur des modèles animaux vaccinés contre le COVID-19 montrent que les sujets tatoués produisent moins d’anticorps. Des analyses sur cellules humaines confirment ces observations. En revanche, le vaccin contre la grippe ne semble pas affecté : un léger effet positif a même été relevé. Les chercheurs recommandent toutefois de privilégier un bras non tatoué pour toute vaccination.
Encres de tatouage : un manque de régulation persistant
Longtemps considérée comme un produit cosmétique, l’encre de tatouage a échappé à une réglementation stricte. Si l’Union européenne impose depuis 2023 des limites plus sévères sur les substances potentiellement toxiques, certaines encres conformes aux normes continuent malgré tout d’avoir un impact sur l’immunité. Dans de nombreux pays, les contrôles restent insuffisants, alors que certaines formules contiennent encore des composés irritants ou carcinogènes, dont des métaux lourds.
Un appel à la prudence et à une meilleure régulation
Les auteurs de l’étude rappellent que de nombreuses zones d’ombre subsistent. Des essais cliniques sont en cours pour déterminer si les personnes tatouées présentent un risque accru d’infections, de cancers ou de maladies auto-immunes. L’objectif n’est pas de créer la peur, soulignent-ils, mais d’encourager des réglementations plus strictes et une meilleure compréhension des effets immunologiques des encres de tatouage.

