Un rapport officiel met en lumière un manque de traçabilité inédit sur des dizaines de milliards d’euros de subsides publics, relançant le débat sur la transparence budgétaire en Belgique.
Bruxelles, 17 décembre 2025 — Un rapport officiel et plusieurs enquêtes de presse ont mis au jour un problème de transparence majeur au sein des finances publiques fédérales : près de 66 milliards d’euros de subsides identifiés pour l’année 2023 apparaissent dans les comptes sans qu’il soit possible, pour l’administration centrale, de suivre précisément leur destination et leur bon usage. L’information, largement reprise par la presse début janvier 2025, a déclenché une onde de choc politique et relancé le débat sur la création d’un registre unique des subsides. BOSA+1
L’affaire en une phrase
Le SPF Stratégie et Appui (BOSA) a publié une spending review (revue des dépenses) qui recense les aides et subsides fédéraux. En consolant différentes rubriques et transferts, les auteurs identifient un montant agrégé d’environ 66 milliards d’euros en subsides pour 2023 — un total dont la traçabilité détaillée (qui a reçu combien, avec quels critères, et avec quels contrôles ex post) fait défaut dans plusieurs cas. Autrement dit : il ne s’agit pas, au sens strict, d’un « vol » ou d’un « trou » automatique, mais d’un manque de visibilité et de contrôle susceptible d’entraîner gaspillages, doublons et risques d’abus. BOSA+1
Ce que dit le rapport BOSA
La revue des subventions, rendue publique par le SPF BOSA, a pour objectif d’« identifier, cartographier et évaluer » les mécanismes d’aides publiques pour en améliorer la cohérence et l’efficacité. Le rapport explique que la diversité des définitions juridiques, la multiplicité des organismes payeurs (ministères, opérateurs, agences), les transferts inter-régions/communautés et l’absence d’un référentiel uniforme empêchent aujourd’hui une traçabilité fine. Le document propose plusieurs pistes : harmonisation des définitions, renforcement des contrôles, et la mise en place d’un registre national des subsides. BOSA
Réactions politiques et parlementaires
La révélation a provoqué des réactions vives à la Chambre. Des députés de l’opposition ont dénoncé un « chaos » et exigé des explications tandis que des membres de la majorité ont relativisé en rappelant que les 66 milliards correspondent à une agrégation et incluent des dotations internes et des transferts, et non pas uniquement des paiements directs à des tiers. Le ministre du Budget a invité à lire le rapport complet avant de sauter aux conclusions et a confirmé la volonté de lancer — selon le calendrier annoncé — la création d’un registre des subsides. Des questions écrites et interpellations parlementaires ont été déposées pour obtenir des clarifications. La Chambre+1
Les points clés à retenir (chiffres et précisions)
- 66 milliards € : total des subsides identifiés dans l’exercice de cartographie (année de référence 2023). Ce montant résulte d’une consolidation comptable et inclut différentes formes d’aides (subventions, dotations, transferts). BOSA+1
- Le rapport signale qu’une large part de ces montants manque d’éléments de suivi (bénéficiaires nominatif, finalités mesurables, conditions d’éligibilité homogènes). BOSA
- 55 milliards € sur ce total correspondent, selon les explications parlementaires, à des dotations et flux internes (précision administrative fournie en commission). Le reste regroupe les aides externes, plus difficiles à vérifier. La Chambre
Risques identifiés
Les experts et journalistes mettent en avant plusieurs risques concrets :
- Doublons et chevauchements : aides semblables octroyées par plusieurs autorités pour la même finalité. BOSA
- Manque d’évaluation d’impact : attribution d’aides sans mécanismes systématiques d’évaluation de l’efficacité. Le Vif
- Vulnérabilité à la fraude ou aux détournements lorsque les contrôles ex post font défaut ou sont insuffisants. BOSA
Témoignages et voix d’experts
Dans les médias, économistes et responsables publics ont nuancé le tableau : si le chiffre de 66 milliards est exact comme agrégat, il ne signifie pas automatiquement qu’autant « a disparu » du jour au lendemain. Plusieurs chercheurs ont toutefois insisté sur le fait que l’absence de traçabilité rend impossible d’affirmer que chaque euro a été correctement utilisé et que des économies substantielles pourraient être réalisées par une meilleure coordination. RTL Info+1
Mesures proposées et calendrier
Le rapport BOSA et les échanges parlementaires préconisent :
- La création d’un registre national des subsides (avec identifiant unique, bénéficiaire, montant, finalité, durée). La Chambre+1
- L’harmonisation de la définition juridique d’un subside pour éviter les imprécisions entre dotations internes et aides externes. BOSA
- Le renforcement des capacités de contrôle et d’audit (moyens pour le SPF compétent, coopération entre niveaux de pouvoir). Le Vif
Le calendrier évoqué en commission prévoit des premiers jalons pour la mise en place d’un registre au second semestre 2025, mais les parlementaires ont demandé des précisions et une accélération. La Chambre
Ce que cela signifie pour le citoyen
Pour le contribuable, l’affaire renforce deux inquiétudes : la fragilité de la gouvernance des dépenses publiques et la difficulté d’exiger des comptes précis sur l’utilisation des deniers publics. Des ONG de transparence et des voix parlementaires appellent à des outils publics consultables (portails open data) pour permettre aux citoyens et aux médias de suivre qui reçoit quoi et avec quel résultat. BOSA+1
En conclusion — Scandale ou wake-up call ?
L’expression « 66 milliards d’euros ont disparu » a fait la une et alimenté l’indignation. Une lecture attentive des documents officiels et des analyses montre toutefois qu’il s’agit surtout d’un problème d’architecture administrative et de gouvernance : des sommes importantes ont été engagées, mais la capacité d’en prouver l’usage et l’efficacité est insuffisante. Le véritable enjeu pour les décideurs est maintenant de transformer ce constat en réformes opérationnelles — registre, harmonisation, contrôles renforcés — afin que les gros montants versés puissent être justifiés et évalués de manière transparente. BOSA+1
Sources principales : rapport « Spending Review : Subventions » (SPF BOSA) ; articles et dépêches de RTL, Het Laatste Nieuws, HLN et 7sur7 (janvier 2025) qui ont rendu compte des conclusions et des réactions parlementaires. 7sur7+3BOSA+3RTL Info+3

