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mercredi 16 septembre 2026 · 04:52 · Bruxelles Le Média Du Peuple

NAZA : le documentaire sur Gaza qui déclenche une tempête politique en Israël

Réalisateurs, sortie, diffusion et polémique : ce que l’on sait du documentaire NAZA, primé à Venise et contesté par les autorités israéliennes.

Illustration IA montrant Benjamin Netanyahu et Itamar Ben-Gvir autour du titre NAZA, sur fond de bâtiments détruits à Gaza
Image d’illustration

Le documentaire NAZA, consacré aux mécanismes militaires israéliens employés pendant la guerre à Gaza, provoque une vive controverse en Israël depuis sa présentation à la Mostra de Venise. Le film, réalisé par les Israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor, s’appuie sur les témoignages anonymisés de 24 membres ou anciens membres de l’armée et du renseignement militaire israéliens.

Primé à Venise, le long métrage est accusé par les autorités israéliennes de diffuser des accusations mensongères et de nuire à l’État. Ses auteurs et ses producteurs défendent, eux, une enquête fondée sur plusieurs années de travail journalistique. À ce stade, le film n’est pas encore accessible au grand public en Belgique, en France ou en Israël.

Une première mondiale à Venise et un prix spécial du jury

NAZA a été présenté en première mondiale le 10 septembre 2026, dans la compétition officielle de la 83e Mostra internationale d’art cinématographique de Venise. D’une durée de 80 minutes, ce documentaire britannique est tourné en hébreu et en anglais.

Le film a reçu le Prix spécial du jury de la Mostra. Il a également été longuement applaudi lors de sa projection, ce qui a contribué à accroître son retentissement médiatique avant même sa diffusion commerciale.

Ses réalisateurs, Yuval Abraham et Rachel Szor, faisaient déjà partie de l’équipe de réalisation de No Other Land, documentaire récompensé par l’Oscar en 2025. Yuval Abraham est journaliste d’investigation et cinéaste ; Rachel Szor est réalisatrice et directrice de la photographie.

La production réunit The Guardian et JW Films. James Wilson est producteur et Jonathan Glazer, connu notamment pour The Zone of Interest, est producteur exécutif. La vente internationale est assurée par mk2 Films.

Que signifie le titre « NAZA » ?

Le titre fait référence à un terme présenté par les producteurs comme un acronyme militaire israélien lié à l’estimation des victimes civiles attendues lors d’une frappe. Le film s’intéresse à la manière dont des cibles auraient été identifiées, évaluées et validées durant les opérations à Gaza.

Tourné dans la discrétion pendant trois ans sur des toits de Tel-Aviv, le documentaire montre des entretiens avec 24 sources anonymes : des militaires et des personnes liées au renseignement militaire, selon les réalisateurs. Leurs visages et leurs voix ont été modifiés afin de protéger leur identité.

Les personnes interrogées décrivent notamment l’usage d’outils d’intelligence artificielle et de systèmes de surveillance dans la sélection de cibles. Elles affirment que des pertes civiles anticipées pouvaient être intégrées dans certains calculs opérationnels. Ces témoignages constituent le cœur du film : ils représentent des accusations de sources anonymes, que l’armée israélienne conteste fermement.

Des enquêtes déjà publiées avant le film

Selon les producteurs, NAZA prolonge des révélations publiées entre 2023 et 2025 par +972 Magazine, Local Call et The Guardian. Le documentaire ne repose donc pas uniquement sur une œuvre de cinéma : il met en scène, selon ses auteurs, des témoins qui expliquent face caméra le fonctionnement des systèmes déjà décrits dans des enquêtes de presse.

Dans leur déclaration de réalisateurs, Yuval Abraham et Rachel Szor expliquent vouloir examiner, en tant qu’Israéliens, les systèmes qu’ils estiment responsables de morts massives de civils palestiniens. Ils soutiennent que le sujet du film porte sur des pratiques et des ordres structurels, et non seulement sur d’éventuels actes isolés de soldats.

Ces affirmations sont rejetées par les autorités israéliennes, qui mettent en cause la fiabilité du récit et l’interprétation des éléments présentés.

La réponse de l’armée israélienne

L’armée israélienne a publié plusieurs démentis après la diffusion d’extraits promotionnels et la première du film. Son porte-parole, le général de brigade Effie Defrin, a qualifié les accusations visibles dans la bande-annonce de fausses, déformées et falsifiées.

Tsahal affirme que les décisions concernant la sélection et l’approbation des frappes sont prises exclusivement par des personnes, et non par une intelligence artificielle. L’armée dit aussi que certains témoignages attribuent à des soldats subalternes une connaissance de décisions nationales ou stratégiques qui dépasserait, selon elle, leur niveau d’information.

Le chef d’état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir, a estimé que le documentaire comportait des accusations graves et fausses contre des soldats et des commandants. Il a demandé à la justice militaire d’examiner d’éventuelles mesures juridiques liées au film et à la possible fuite d’informations confidentielles.

L’armée a par ailleurs invité les réalisateurs à lui présenter l’intégralité du documentaire. L’objectif affiché est de pouvoir répondre de manière détaillée à chaque allégation. Elle soutient agir conformément au droit international et à ses propres règles opérationnelles.

Netanyahu et les ministres israéliens montent au créneau

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dénoncé ce qu’il a décrit comme une incitation antisémite venant de l’intérieur même d’Israël. Il a reproché aux réalisateurs de présenter l’armée israélienne comme une armée de criminels de guerre et a relié le film à ce qu’il considère comme une campagne internationale visant Israël.

Le ministre de la Culture Miki Zohar a réclamé le retrait de la nationalité israélienne de Yuval Abraham et Rachel Szor. Il les a accusés de trahison. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir a lui aussi condamné le documentaire et ses auteurs.

La polémique a dépassé la coalition au pouvoir. Des responsables politiques israéliens de sensibilités différentes ont critiqué le film, le qualifiant notamment de diffamatoire, d’anti-israélien ou de dépourvu de contexte. Plusieurs de ces responsables ont toutefois reconnu ne pas l’avoir vu dans son intégralité au moment de leurs prises de position, selon l’Associated Press.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a également contesté les motivations des réalisateurs et démenti les accusations portées par le documentaire.

Les réalisateurs et The Guardian défendent leur méthode

Yuval Abraham et Rachel Szor disent que leurs sources sont des informateurs journalistiques confidentiels et que les faits ont été vérifiés avant leur intégration au film. Yuval Abraham a indiqué que les attaques visant les réalisateurs illustrent, selon lui, pourquoi les témoins ont demandé à rester anonymes.

Dans un communiqué, The Guardian affirme que les témoignages sont réels et qu’ils méritent d’être entendus. Le journal soutient que le travail résulte de plusieurs années d’enquête et que la controverse ne doit pas empêcher la diffusion du film.

Les auteurs estiment que la négation des faits allégués contribue à leur persistance. Leurs détracteurs répondent que le film repose sur des témoignages anonymes impossibles à contrôler publiquement et ne rend pas compte, selon eux, du contexte de guerre déclenché après l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023.

Une controverse qui illustre le fossé autour de la guerre à Gaza

La réception de NAZA souligne l’écart profond entre deux lectures du conflit. En Israël, de nombreux responsables présentent l’offensive comme une guerre de légitime défense contre le Hamas après les attaques du 7 octobre 2023, qui ont fait environ 1 200 morts en Israël et conduit à la prise de 251 otages, selon les autorités israéliennes.

À l’international, la conduite de la guerre et le nombre de victimes civiles à Gaza font l’objet de critiques très fortes et d’accusations de crimes de guerre. Le ministère de la Santé de Gaza fait état de dizaines de milliers de Palestiniens tués depuis le début de l’offensive ; ce bilan ne distingue pas les civils des combattants. Israël conteste l’interprétation de ces chiffres et accuse le Hamas d’opérer au sein de zones civiles, ce que le Hamas conteste.

Le documentaire ne tranche donc pas le débat par lui-même : il met au premier plan des témoignages de personnes se présentant comme des acteurs de l’appareil militaire israélien. Les accusations qu’ils formulent sont sérieuses, mais elles sont contestées par l’État israélien et son armée. C’est précisément cette opposition frontale qui explique l’ampleur de la polémique.

Où voir NAZA et quelle date de sortie ?

La première mondiale a eu lieu le 10 septembre 2026 à Venise. En revanche, aucune date de sortie commerciale générale, aucune diffusion télévisée et aucune disponibilité en streaming n’ont été annoncées pour la Belgique ou la France au moment de la publication.

mk2 Films a lancé les ventes internationales du film. Les réalisateurs ont indiqué vouloir chercher une distribution en Israël, en Europe et aux États-Unis. Les spectateurs belges devront donc attendre l’annonce d’un distributeur, d’une sortie en salles, d’une plateforme ou d’une programmation de festival.

Sources

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