TotalEnergies double son bénéfice trimestriel pendant que les carburants flambent

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TotalEnergies a enregistré une forte progression de ses résultats au premier semestre 2026, dans un contexte marqué par la guerre au Moyen-Orient et les perturbations affectant l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. La publication relance en France le débat sur les « superprofits », la fiscalité des groupes pétroliers et le financement de la transition climatique.

Un bénéfice net en hausse de 72 %

Sur les six premiers mois de 2026, TotalEnergies a dégagé un bénéfice net de 11,2 milliards de dollars, soit une hausse de 72 % par rapport à la même période de 2025.

Le résultat net ajusté, qui exclut notamment certains effets comptables et éléments exceptionnels, atteint 11,4 milliards de dollars, en progression de 47 %. Le groupe a également généré 18,4 milliards de dollars de flux de trésorerie hors variation du fonds de roulement, soit 35 % de plus sur un an. Son résultat brut d’exploitation ajusté s’élève à 25,7 milliards de dollars. Résultats officiels de TotalEnergies

Pour le seul deuxième trimestre, le bénéfice net atteint 5,4 milliards de dollars, soit plus du double de celui enregistré un an auparavant. Le résultat ajusté trimestriel s’établit à 6 milliards de dollars, son niveau le plus élevé depuis près de trois ans.

La guerre fait monter les prix, malgré des pertes de production

Cette performance s’explique principalement par la forte augmentation des prix du pétrole et des produits raffinés. Les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz ont réduit l’offre disponible et provoqué une envolée des cours internationaux.

TotalEnergies a pourtant subi des pertes de production au Moyen-Orient, estimées en moyenne à 210 000 barils équivalent pétrole par jour au deuxième trimestre. Le groupe a toutefois compensé une partie de ce recul grâce à la montée en puissance de nouveaux projets au Brésil, aux États-Unis et en Libye.

La production totale de pétrole et de gaz a atteint 2,395 millions de barils équivalent pétrole par jour. Hors perturbations liées au conflit, sa croissance organique dépasse 4 % sur un an. Le prix de vente moyen des liquides produit par le groupe a, quant à lui, augmenté de 17,90 dollars par baril par rapport au premier trimestre.

Cette situation illustre le double effet de la crise : elle perturbe les opérations de TotalEnergies dans la région, mais fait simultanément grimper les prix auxquels le groupe vend sa production.

Le raffinage et le négoce dopent également les résultats

La hausse des bénéfices ne provient pas uniquement de l’extraction de pétrole. Les activités de raffinage, de chimie et de négoce ont également profité des tensions sur l’approvisionnement en diesel et en carburant aérien.

Le résultat de la branche raffinage-chimie a atteint 1,8 milliard de dollars au deuxième trimestre, soit une progression de 362 % sur un an. Les raffineries européennes du groupe ont augmenté leur production des carburants bénéficiant des meilleures marges. Analyse des résultats par Reuters

Toutes les activités n’ont cependant pas enregistré la même progression. La branche de gaz naturel liquéfié a dégagé 807 millions de dollars, en baisse de 22 %, en raison de performances commerciales décevantes sur le marché européen. L’activité électrique a, pour sa part, généré un résultat opérationnel ajusté de 533 millions de dollars.

Dividendes, rachats d’actions et réduction de la dette

Grâce à cette importante génération de trésorerie, TotalEnergies a réduit sa dette nette de 3,3 milliards de dollars au cours du trimestre. Son taux d’endettement est ainsi descendu à 13,1 %.

Le groupe prévoit de verser un deuxième acompte sur dividende de 0,90 euro par action, en hausse de 5,9 %. Il maintiendra également son programme de rachats d’actions à hauteur de 1,5 milliard de dollars au troisième trimestre. Au premier semestre, 2,25 milliards de dollars ont déjà été consacrés à ces rachats.

Les investissements nets ont atteint 7,9 milliards de dollars depuis le début de l’année, pour un objectif annuel d’environ 15 milliards. TotalEnergies indique également disposer de 37,4 gigawatts de capacités renouvelables installées, soit près de 8 gigawatts supplémentaires en un an.

Des automobilistes confrontés à la hausse des carburants

Ces bénéfices interviennent alors que les prix élevés du pétrole pèsent sur les automobilistes. La hausse du brut ne se transmet pas intégralement ni immédiatement aux pompes, puisque le prix final dépend aussi du raffinage, du taux de change, du transport, de la distribution et de la fiscalité. En France, les taxes représentent néanmoins entre 50 et 60 % du prix des carburants.

TotalEnergies a instauré un plafonnement dans ses quelque 3 300 stations françaises. Son coût est estimé par le groupe à environ 200 millions d’euros. Un rapport parlementaire souligne cependant que ces stations ne représentent qu’environ 20 % du parc national et considère cette opération comme une stratégie commerciale autant qu’une mesure de soutien au pouvoir d’achat. Analyse de LCP–Assemblée nationale

Les ONG réclament une taxation renforcée

Greenpeace France, 350.org, le CCFD-Terre Solidaire, Notre Affaire à Tous, le Réseau Action Climat et Oxfam France demandent qu’une plus grande partie des bénéfices des multinationales pétrolières et gazières soit consacrée à la transition énergétique et à l’adaptation climatique.

Le collectif souhaite une taxation durable et coordonnée au niveau international. Selon ces organisations, les recettes pourraient financer la rénovation des logements, l’adaptation des villes aux canicules, la reconstruction après les catastrophes climatiques et le développement des énergies renouvelables. Elles réclament également de nouvelles mesures dans le budget français pour 2027. Communiqué commun publié par Greenpeace

TotalEnergies rejette la notion de « superprofits »

Le groupe conteste cette qualification et rappelle que la majorité de ses bénéfices pétroliers et gaziers est réalisée dans les pays producteurs, où ils sont déjà soumis à des redevances et à différents impôts.

TotalEnergies affirme avoir supporté un taux d’imposition mondial moyen de 43 % depuis 2022 et versé environ 25 milliards de dollars par an en impôts et prélèvements. L’entreprise estime qu’une nouvelle taxation dans les pays consommateurs pourrait conduire à une double imposition et fragiliser le raffinage européen.

Le groupe précise néanmoins que ses activités françaises de raffinage seront soumises à l’impôt sur les sociétés et à la contribution exceptionnelle prévue pour 2026 si elles restent bénéficiaires sur l’ensemble de l’année. Réponse officielle de TotalEnergies

Un débat appelé à s’intensifier

Les résultats de TotalEnergies placent une nouvelle fois la fiscalité énergétique au cœur du débat politique. Pour ses défenseurs, la rentabilité du groupe garantit ses investissements, ses dividendes et la sécurité des approvisionnements. Pour ses opposants, une partie plus importante des profits générés par les crises énergétiques doit revenir aux ménages et financer la lutte contre le changement climatique.

Alors que les marchés restent dépendants de l’évolution du conflit et de la circulation dans le détroit d’Ormuz, le groupe anticipe encore des cours pétroliers élevés et volatils au troisième trimestre.

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