Alors que le baril de Brent est retombé autour de 70 dollars, soit un niveau proche, voire inférieur, à celui d’avant la guerre impliquant l’Iran, les automobilistes belges constatent une situation difficile à comprendre : les prix officiels des carburants restent élevés et certains augmentent encore.
Le 2 juillet 2026, Reuters indiquait que le Brent était tombé à 70,66 dollars le baril, son plus bas niveau depuis fin février, juste avant le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Le 27 février, avant l’escalade, le Brent avait clôturé à 72,48 dollars. Autrement dit, sur les marchés internationaux, la prime de risque liée à l’Iran s’est largement effacée.
Une baisse du pétrole, mais une hausse à la pompe en Belgique
C’est là que le paradoxe commence. En Belgique, les prix maximums officiels affichent toujours des niveaux élevés. À partir du 3 juillet 2026, le prix maximum est fixé à 1,850 €/L pour l’essence 95 E10, 1,964 €/L pour l’essence 98 E5, 1,967 €/L pour le diesel B7 et 1,959 €/L pour le diesel B10, TVA comprise.
La hausse est visible aussi dans les comparatifs journaliers : le Super 95 E10 passe de 1,811 €/L le 2 juillet à 1,850 €/L le 3 juillet, tandis que le Super 98 E5 passe de 1,892 €/L à 1,964 €/L. Le diesel B7 reste à un niveau très élevé, à 1,967 €/L.
À première vue, cela donne l’impression que la baisse du baril n’est pas répercutée. En réalité, le prix à la pompe ne suit pas le Brent de manière simple, directe et immédiate.
Le prix du carburant ne dépend pas uniquement du baril
Le Brent est le prix du pétrole brut. Mais l’automobiliste n’achète pas du pétrole brut : il achète de l’essence ou du diesel, c’est-à-dire des produits raffinés. En Belgique, le prix maximum est calculé selon un contrat-programme entre l’État belge et le secteur pétrolier. Ce système fixe un plafond légal : une station ne peut pas vendre au-dessus, mais elle peut vendre moins cher.
Le SPF Économie précise que les changements de prix tiennent compte notamment des cotations des produits pétroliers et des biocomposants, pas seulement du prix du baril. Les carburants vendus en Belgique sont donc liés aux marchés des produits finis, aux coûts de raffinage, aux biocarburants, aux marges de distribution et aux taxes.
C’est un point central : le pétrole brut peut baisser pendant que certains composants du prix final restent stables ou augmentent.
Les taxes pèsent très lourd dans le prix final
L’autre explication majeure est fiscale. En Belgique, le prix maximum comprend le prix ex-raffinerie, les coûts de distribution, les accises et la TVA. Energia explique que les accises sont fixées par l’État en montant absolu par litre : elles ne baissent donc pas automatiquement quand le pétrole brut baisse.
Fin 2025, les taxes représentaient déjà 55 % du prix maximum de l’essence 95 E10 et 53 % du prix maximum du diesel. Les accises sur les carburants ont rapporté 5,46 milliards d’euros à l’État belge en 2025, hors TVA.
Cela signifie qu’une baisse du pétrole ne peut pas se traduire mécaniquement par une baisse équivalente à la pompe. Si le baril perd 10 %, le prix à la pompe ne perdra pas 10 %, car une grande partie du prix payé par l’automobiliste est composée de taxes fixes ou semi-fixes.
Une hausse liée aussi aux stocks stratégiques
Le SPF Économie indique que les modifications des prix maximums à partir du 1er juillet 2026 résultent aussi de l’indexation trimestrielle des cotisations ASEVA, liées au stockage et à la gestion des stocks pétroliers stratégiques.
C’est un élément peu visible pour le consommateur, mais il entre dans la formule officielle. Même si le baril baisse, une indexation administrative ou une variation des biocomposants peut pousser le prix maximum vers le haut.
Le marché mondial s’est détendu, mais la Belgique ne suit pas instantanément
La baisse du Brent s’explique par le retour progressif du trafic pétrolier dans le détroit d’Ormuz, zone stratégique par laquelle transite environ un cinquième de l’approvisionnement mondial en pétrole. Reuters rapportait que les flux par le détroit étaient revenus à des niveaux proches de ceux d’avant-guerre et que plusieurs millions de barils avaient quitté la zone en peu de temps.
Mais cette détente des marchés mondiaux ne se transforme pas immédiatement en baisse du prix payé par l’automobiliste belge. Il y a un décalage entre le marché du brut, le marché des produits raffinés, les stocks déjà achetés, les contrats d’approvisionnement, les cotations utilisées dans la formule belge et les prix affichés à la pompe.
Le vrai problème : la hausse est rapide, la baisse semble lente
Pour le consommateur, la frustration vient surtout d’une impression connue : quand le pétrole monte, les prix à la pompe montent vite ; quand le pétrole baisse, la baisse semble plus lente ou plus faible.
Dans le cas belge, ce sentiment est renforcé par trois facteurs.
D’abord, le prix est fortement taxé. Ensuite, le prix maximum dépend d’une formule complexe, pas seulement du Brent. Enfin, les carburants sont des produits raffinés, et leurs cotations peuvent évoluer différemment du pétrole brut.
Conclusion
Le baril de pétrole est bien revenu à des niveaux proches de ceux d’avant la guerre contre l’Iran. Sur ce point, les données de marché sont claires. Mais le prix à la pompe en Belgique dépend d’un ensemble plus large : produits raffinés, biocomposants, accises, TVA, marges, stocks stratégiques et contrat-programme.
La baisse du Brent devrait finir par exercer une pression à la baisse sur les carburants si elle se maintient. Mais tant que les taxes restent élevées et que certains éléments de la formule officielle augmentent, les Belges peuvent continuer à payer un carburant cher malgré un baril moins coûteux.
Le paradoxe est donc réel pour le consommateur : le pétrole baisse, mais la pompe ne baisse pas forcément tout de suite, et parfois elle augmente encore.
