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vendredi 9 octobre 2026 · 20:56 · Bruxelles Le Média Du Peuple

L’euro numérique arrive : ce que l’Europe prépare pour votre argent

Smartphone affichant le symbole de l’euro sur fond de bâtiment financier et de réseau numérique
Image d’illustration

Mise à jour éditoriale : le 23 juin 2026, la commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen a adopté sa position sur le projet d’euro numérique par 43 voix contre 14 et une abstention. Ce vote de commission n’était pas le vote final du Parlement européen.

Le 9 juillet 2026, le Parlement européen réuni en séance plénière a ensuite approuvé l’ouverture des négociations avec le Conseil par 416 voix pour, 169 contre et 22 abstentions. Le texte n’est donc pas encore entré en vigueur : la procédure législative se poursuit avec le Conseil de l’Union européenne.

Qu’est-ce que l’euro numérique ?

L’euro numérique serait une nouvelle forme de monnaie, comparable à l’argent liquide, mais en version digitale. Aujourd’hui, les citoyens utilisent principalement deux formes d’argent : les espèces et l’argent disponible sur leur compte bancaire. L’euro numérique viendrait s’ajouter comme une troisième option : une sorte de “cash numérique”.

Concrètement, les utilisateurs pourraient conserver leurs euros numériques dans un portefeuille digital. Celui-ci pourrait prendre la forme d’une application spécifique, ou être intégré directement dans les applications bancaires existantes.

Un élément important du projet est que l’euro numérique devra pouvoir être utilisé en ligne, mais aussi hors ligne. Cela signifie qu’il serait possible d’effectuer un paiement même sans connexion internet, comme avec de l’argent liquide. Le système pourrait fonctionner grâce à une technologie de proximité entre deux appareils, par exemple entre deux smartphones.

Pourquoi l’Europe veut-elle créer un euro numérique ?

L’un des principaux objectifs est de réduire la dépendance de l’Europe envers les grands systèmes de paiement étrangers, comme Visa ou Mastercard. Aujourd’hui, une grande partie des paiements électroniques passe par des entreprises non européennes, principalement américaines.

Pour l’Union européenne, cela pose une question stratégique. En cas de conflit diplomatique, de sanctions ou de tensions internationales, l’accès à certains systèmes de paiement pourrait théoriquement être limité. Ce scénario peut sembler extrême, mais des situations similaires ont déjà été observées dans le cadre des sanctions imposées à la Russie après l’invasion de l’Ukraine.

Avec l’euro numérique, l’Europe souhaite donc disposer d’une infrastructure de paiement digitale, souveraine et européenne. Contrairement à l’argent déposé sur un compte bancaire classique, l’euro numérique serait directement lié à la Banque centrale européenne.

Quels avantages pour les citoyens et les commerçants ?

Pour les consommateurs, l’euro numérique pourrait offrir un moyen de paiement simple, rapide et accessible à tous. Il pourrait aussi permettre de payer sans devoir passer par une carte bancaire ou un réseau privé.

Pour les commerçants, l’intérêt pourrait également être financier. Les paiements par carte, Bancontact ou carte de crédit entraînent souvent des frais. L’euro numérique pourrait réduire une partie de ces coûts, même si la mise en place d’un nouveau système nécessitera elle aussi des investissements importants.

L’économiste Koen Schoors, professeur à l’Université de Gand, estime que cette indépendance européenne est un enjeu majeur. Selon lui, l’euro numérique pourrait aussi alléger certains frais aujourd’hui liés aux comptes bancaires et aux paiements électroniques.

Quand l’euro numérique pourrait-il arriver ?

L’euro numérique ne sera pas disponible immédiatement. Même après le feu vert du Parlement européen, plusieurs étapes restent nécessaires : négociations avec les États membres, définition du cadre technique, développement des applications, tests de sécurité et mise en place progressive.

Aucune date de lancement n’est arrêtée à ce stade de la procédure législative. D’ici là, des applications pourraient être développées pour permettre aux citoyens de gérer leur portefeuille numérique. Il est également possible que les banques intègrent directement l’euro numérique dans leurs propres applications.

Que pensent les banques du projet ?

Les banques accueillent ce projet avec prudence. L’euro numérique pourrait modifier une partie de leur rôle actuel dans les paiements. Depuis plusieurs années, le secteur bancaire exprime donc des réserves.

En Belgique, Febelfin plaide pour une introduction progressive. La fédération bancaire souhaite d’abord un usage limité : un seul portefeuille par utilisateur, des paiements principalement entre particuliers et une utilisation hors ligne restreinte dans un premier temps.

Le secteur insiste aussi sur la nécessité de prévenir la fraude, de garantir la sécurité du système et d’intégrer l’euro numérique aux infrastructures déjà existantes, comme Wero. Pour les banques, l’euro numérique doit rester un complément au système actuel, sans mettre en danger la stabilité du secteur financier.

Y aura-t-il une limite au montant détenu ?

Oui, c’est l’une des pistes envisagées. Les eurodéputés souhaitent fixer un plafond au nombre d’euros numériques qu’une personne pourra garder dans son portefeuille digital.

L’objectif est clair : l’euro numérique doit rester un moyen de paiement, et non devenir un compte d’épargne ou un produit d’investissement. Cette limite doit aussi éviter que les citoyens retirent massivement leur argent des banques pour le transférer vers leur portefeuille numérique.

Sans plafond, certains craignent qu’en période de crise, une panique bancaire puisse se produire. Les citoyens pourraient alors vider leurs comptes bancaires pour mettre leur argent sous forme d’euros numériques, considérés comme plus directement liés à la Banque centrale européenne.

Une nouvelle étape vers les paiements du futur

L’euro numérique n’arrivera pas demain, mais le projet avance clairement. Pour l’Europe, l’enjeu dépasse le simple confort de paiement. Il s’agit aussi de souveraineté financière, de sécurité, d’indépendance technologique et d’adaptation à une économie de plus en plus digitale.

S’il voit le jour, l’euro numérique ne remplacera pas forcément les espèces ni les comptes bancaires classiques. Il viendra plutôt s’ajouter aux moyens de paiement existants, avec l’ambition de proposer une alternative publique, européenne et numérique.

Sources

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