Ce qu’il faut retenir
À partir du 1er janvier 2027, il sera interdit de fumer et de vapoter sur les terrasses des cafés, bars et restaurants en Belgique, ainsi que dans un rayon de 10 mètres autour de celles-ci. La mesure, décidée par le gouvernement fédéral et portée par le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke, s’étend aussi aux fumoirs publics, aux bars à chicha et aux clubs de cigares. Le secteur Horeca, déjà fragilisé, redoute une nouvelle baisse de fréquentation.
Une nouvelle étape dans le plan anti-tabac belge
Cette interdiction ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une série de mesures prises ces dernières années pour réduire la visibilité et la consommation de tabac dans l’espace public :
- en 2011 déjà, la cigarette avait été bannie de l’intérieur des cafés et restaurants ;
- au 1er janvier 2025, elle a été interdite dans divers espaces publics extérieurs (parcs d’attractions, parcs animaliers, terrains de jeux et de sport, abords des bibliothèques, crèches et hôpitaux) ;
- au 1er avril 2025, la loi dite du Display Ban a interdit aux points de vente de mettre en avant les produits du tabac et du vapotage.
L’étape des terrasses devait initialement entrer en vigueur dès janvier 2026, mais le gouvernement a accordé une année supplémentaire aux établissements pour s’organiser.
Ce que dit précisément la nouvelle règle
Le gouvernement fédéral a annoncé qu’il sera interdit de fumer et de vapoter sur les terrasses à partir du 1er janvier 2027, ainsi que d’utiliser les fumoirs. Le ministre Vandenbroucke justifie la mesure par un objectif de santé publique et par l’idée que le fait de voir quelqu’un fumer peut inciter d’autres personnes, notamment des jeunes, à commencer. Il rappelle qu’en Belgique, le tabac reste responsable d’environ deux décès par heure, soit près de 8 % de la mortalité totale, et que l’objectif affiché du gouvernement est d’atteindre une génération sans tabac d’ici 2040.
Concrètement, dès 2027 :
- il sera interdit de fumer ou de vapoter sur les terrasses de cafés, bars, restaurants et brasseries ;
- l’interdiction s’étendra à un périmètre de 10 mètres autour de ces terrasses ;
- les fumoirs, y compris dans les aéroports et les établissements Horeca, seront supprimés ;
- les bars à chicha et clubs de cigares seront également concernés ;
- les exploitants devront afficher une signalétique claire et pourront être tenus responsables en cas de tolérance implicite, par exemple s’ils continuent à mettre des cendriers à disposition.
Fait notable, la cigarette électronique est logée à la même enseigne que le tabac classique, un choix qui suscite un débat distinct sur le prétendu « effet passerelle » entre vapotage et tabagisme, notamment chez les jeunes.
Les craintes bien réelles du secteur Horeca
Sur le terrain, l’inquiétude est palpable, en particulier à l’approche de ce qui pourrait être le dernier été où l’on peut encore fumer en terrasse.
Nathalie Laurent, présidente de la Fédération Horeca Wallonie, doute de l’efficacité pratique de la mesure : selon elle, interdire ne résout rien, le fumeur continuera simplement à fumer un peu plus loin. Elle s’interroge aussi sur la mise en œuvre concrète : sur une place où ne se trouvent que des terrasses, les fumeurs devront se masser devant les habitations voisines ou sur des parkings, faute d’alternative à 10 mètres.
Du côté de la Fédération Horeca Wallonie toujours, Emmanuel Didion redoute que la mesure ne fasse que déplacer le problème vers des lieux non adaptés à l’accueil de fumeurs, avec un risque accru d’incivilités. Il aurait préféré la création de véritables espaces fumeurs plutôt qu’une interdiction pure et simple.
Le ton est encore plus alarmiste du côté de la Fédération des Cafés (FedCaf). Son président, Erik Beunckens, y voit un coup de plus porté à un secteur exsangue : le nombre de cafés en Belgique serait déjà passé d’environ 20 000 il y a quinze ans à moins de 10 000 aujourd’hui, et pourrait selon lui chuter à 5 000 ou 6 000 avec cette nouvelle interdiction. Il dénonce également ce qu’il considère comme une forme d’hypocrisie de l’État, qui continuerait à percevoir plusieurs milliards d’euros de taxes sur le tabac tout en en interdisant progressivement l’usage. Interrogé sur la responsabilité qui incombera aux cafetiers de faire respecter la règle, il tranche : « Les patrons de cafés ne sont pas des policiers. »
À Bruxelles, Matthieu Léonard, président de la Fédération Horeca Bruxelles, dénonce une dérive qu’il juge excessivement hygiéniste, estimant que les clients et les professionnels sont assez responsables pour cohabiter sans qu’une nouvelle interdiction soit nécessaire.
Le précédent de 2011 relativise-t-il ces craintes ?
L’histoire récente offre un point de comparaison utile. Lors de l’interdiction de fumer à l’intérieur des cafés en 2011, le secteur redoutait déjà une catastrophe économique. Une enquête syndicale avait alors mesuré une baisse de chiffre d’affaires d’environ 19 % chez sept bistrots sur dix. Pourtant, les statistiques n’ont pas montré de vague de faillites supplémentaire dans l’Horeca dans les mois qui ont suivi l’entrée en vigueur de la mesure. De quoi nuancer, sans les balayer, les craintes exprimées aujourd’hui pour les terrasses.
Et l’opinion publique dans tout ça ?
Selon un sondage réalisé auprès d’environ 400 lecteurs par La DH, une majorité confortable de 63 % des personnes interrogées se dit favorable à l’interdiction de fumer en terrasse. Les arguments avancés touchent surtout à la gêne occasionnée pour les non-fumeurs et à la difficulté, pour certains clients, d’exprimer leur inconfort face à la fumée d’autrui. À l’inverse, les opposants dénoncent une atteinte à la liberté individuelle et une extension sans fin de la logique hygiéniste de l’État.
Ce que ça va changer concrètement
Pour les clients fumeurs ou vapoteurs, il faudra désormais poser sa cigarette ou sa vape avant de s’installer en terrasse, ou s’éloigner d’au moins 10 mètres pour en profiter. Pour les exploitants, la mesure implique une nouvelle responsabilité : afficher clairement l’interdiction, ne plus mettre de cendriers à disposition, et potentiellement rappeler la règle aux clients récalcitrants, sans disposer d’un réel pouvoir de sanction.
En résumé
| Élément | Détail |
|---|---|
| Entrée en vigueur | 1er janvier 2027 |
| Ce qui est interdit | Fumer et vapoter sur les terrasses, et dans un rayon de 10 mètres autour |
| Autres lieux concernés | Fumoirs publics, bars à chicha, clubs de cigares |
| Report initial | La mesure devait entrer en vigueur en 2026, reportée d’un an |
| Responsabilité | Les exploitants Horeca doivent afficher l’interdiction et peuvent être tenus responsables en cas de tolérance |
| Soutien de l’opinion | Environ 63 % des sondés favorables (sondage La DH, non scientifique) |
| Précédent de 2011 | Baisse de chiffre d’affaires observée à court terme, mais pas de hausse des faillites constatée ensuite |
L’interdiction est donc bel et bien actée politiquement, contrairement à d’autres pistes encore à l’étude dans d’autres dossiers de santé publique. Reste à voir comment elle sera concrètement appliquée sur le terrain, et si les craintes du secteur Horeca se confirmeront, ou si, comme en 2011, l’impact réel s’avérera plus limité que redouté.
Sources : DH/Les Sports+, site officiel du ministre Frank Vandenbroucke, Génération Sans Tabac, Femmes d’Aujourd’hui (juillet 2026 et septembre 2025)
