Le doublement du ticket modérateur : une piste bien réelle, mais pas (encore) une décision
Ce qu’il faut retenir
L’information n’est pas une rumeur : une note interne de l’INAMI, l’Institut national d’assurance maladie-invalidité, envisageant pour près de 6 milliards d’euros d’économies dans les soins de santé, a fuité dans la presse belge (L’Écho, puis relayée par La Libre et DH/Les Sports+) le 15 juillet 2026. Parmi la vingtaine de pistes chiffrées figure effectivement un doublement du ticket modérateur, la part des frais médicaux payée directement par le patient. Mais il s’agit à ce stade d’une simulation technique, pas d’une décision politique actée.
D’où vient cette note ?
Le gouvernement fédéral De Wever s’est fixé un objectif budgétaire ambitieux : trouver environ 10 milliards d’euros d’économies d’ici 2029 pour assainir les finances publiques. Sur les 250 pistes d’économies déjà recensées, tous secteurs confondus, par le Bureau du Plan début juin, une partie concerne directement les soins de santé, un poste qui pèse déjà plus de 60 milliards d’euros par an et dont le budget devrait dépasser les 46 milliards d’euros rien qu’en 2027.
C’est dans ce contexte que l’INAMI a été chargé de chiffrer plusieurs scénarios, à la demande de certains partis de la coalition. Le document, qui circulait depuis près de trois semaines dans les milieux autorisés avant de fuiter, propose plusieurs leviers, dont :
- le doublement du ticket modérateur pour les consultations chez les généralistes, dentistes et paramédicaux, une mesure qui rapporterait environ 700 millions d’euros ;
- l’instauration d’une franchise médicale, de l’ordre de 500 euros, en dessous de laquelle les soins ne seraient plus remboursés du tout ;
- un durcissement des conditions d’accès à l’intervention majorée (BIM), statut qui offre des remboursements plus élevés et dont bénéficie aujourd’hui près d’un Belge sur cinq ;
- une indexation du ticket modérateur, qui n’a plus été adaptée depuis plusieurs années, pour une vingtaine de millions d’euros supplémentaires ;
- diverses mesures de lutte contre la fraude et d’encadrement des malades de longue durée.
Le cabinet du ministre de la Santé Frank Vandenbroucke (Vooruit) a tenu à préciser que ces chiffrages sont des simulations réalisées à la demande d’autres partis, et non des propositions qu’il porterait lui-même.
Un ticket modérateur, c’est quoi exactement ?
En Belgique, le ticket modérateur correspond à la part des honoraires qui reste à charge du patient après l’intervention de la mutualité. Pour une consultation chez un généraliste conventionné, il tourne aujourd’hui autour de 4 euros avec un dossier médical global (DMG), ou 6 euros sans DMG ; les bénéficiaires du statut BIM paient environ 1 à 1,5 euro. Doubler ce montant reviendrait donc, pour une consultation classique, à passer d’environ 4 à 6 euros à 8 à 12 euros de reste à charge, sans compter les éventuels suppléments d’honoraires pratiqués par des médecins non conventionnés, qui s’ajoutent séparément.
Ce n’est pas une première : le ticket modérateur des médicaments a déjà doublé
Il est utile de noter qu’une hausse similaire a déjà été mise en œuvre ailleurs dans le système : depuis le 1er janvier 2026, le ticket modérateur minimum par boîte de médicament est passé à 2 euros (1 euro pour les BIM), une mesure présentée comme devant rapporter environ 26 millions d’euros à l’INAMI pour financer des thérapies innovantes. Cette mesure touche l’ensemble des traitements médicaux, y compris ceux destinés à des maladies graves ou contagieuses (VIH, tuberculose, chimiothérapies), auparavant remboursés à 100 % en tant que traitements « d’importance vitale ». Cet épisode donne un aperçu concret de ce à quoi pourrait ressembler un doublement du ticket modérateur des consultations : une mesure technique en apparence, mais aux effets qui touchent aussi les patients les plus fragiles.
Ce qui a déjà été écarté pour 2026
Le budget des soins de santé 2026, approuvé fin octobre 2025 par le Conseil général de l’INAMI (17 voix pour, 4 abstentions dont celle de Solidaris), n’a pas touché au ticket modérateur des consultations chez le généraliste : pour une consultation, le patient continue à payer 4 euros de ticket modérateur, les bénéficiaires de l’intervention majorée conservant un ticket modérateur à 1 euro. Certains syndicats de médecins avaient pourtant suggéré de l’augmenter à l’époque ; la proposition n’avait pas été retenue.
C’est précisément ce qui rend la fuite de juillet 2026 significative : le sujet, écarté il y a quelques mois, revient sur la table avec des montants nettement plus élevés (jusqu’à 6 milliards d’euros de pistes cumulées, contre quelques dizaines de millions en 2026).
Où en est-on politiquement ?
Le dossier est loin d’être tranché, et les tensions sont vives au sein de la coalition Arizona (N-VA, MR, Les Engagés, Vooruit, CD&V) :
- Le ministre Vandenbroucke devait transmettre, pour le 20 juillet 2026, une « lettre de mission » aux mutualités et prestataires de soins afin de préparer le budget 2027. Cette lettre demande un effort de 171,5 millions d’euros en 2027, pour atteindre 638 millions d’ici 2029, des montants sans commune mesure avec les 6 milliards évoqués dans la note fuitée.
- Le gouvernement envisage aussi de ne plafonner que partiellement l’indexation des honoraires des médecins et prestataires de soins, une mesure qui rapporterait environ 280 millions d’euros, que Vandenbroucke souhaiterait réinvestir dans de nouvelles politiques de santé plutôt que dans une pure économie budgétaire.
- Le MR et la N-VA veulent aller beaucoup plus loin que ce que propose le ministre socialiste flamand, et poussent pour des économies substantielles et sèches, sans réinvestissement.
- Les calendriers ne coïncident pas : la lettre de mission devait être bouclée mi-juillet, alors que le grand conclave budgétaire, où ces arbitrages plus larges devraient se jouer, n’est prévu qu’en octobre 2026.
Autrement dit, rien n’est acté : la note de l’INAMI est une boîte à outils de simulations chiffrées, pas un projet de loi.
Les oppositions déjà exprimées
Le sujet cristallise les tensions entre partenaires sociaux depuis plusieurs mois. Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris (mutualités socialistes), en a fait une véritable ligne rouge : il reste opposé à toute augmentation du ticket modérateur pour les consultations chez le médecin, même d’un euro, estimant que « le ticket modérateur n’a jamais rien modéré » puisque c’est le médecin qui prescrit, pas le patient. Il met en garde contre un effet d’engrenage : commencer par un euro ouvrirait la voie à des hausses successives.
D’autres voix, du côté des mutualités, pointent une alternative : plutôt que de faire porter l’effort sur le patient via le ticket modérateur, il serait possible d’agir sur la structure des prix des médicaments eux-mêmes, jusqu’à un milliard d’euros d’économies potentielles selon certaines estimations, sans toucher au reste à charge des patients.
Pourquoi cette mesure inquiète
L’argument central des opposants, dont la citation reprise dans votre message est un bon résumé, est celui de l’accessibilité aux soins. Un doublement du ticket modérateur pèserait proportionnellement plus lourd sur :
- les ménages à revenus modestes non couverts par le statut BIM ;
- les patients atteints de maladies chroniques nécessitant des consultations régulières ;
- les personnes déjà en situation de renoncement aux soins pour raisons financières.
C’est ce risque de médecine « à deux vitesses » qui alimente la résistance de plusieurs partis de la coalition (Vooruit, CD&V, Les Engagés se montrant plus prudents) face aux demandes de la N-VA et du MR.
En résumé
| Élément | Statut |
|---|---|
| Doublement du ticket modérateur pour les consultations | Piste chiffrée par l’INAMI (environ 700 millions d’euros), non décidée |
| Franchise médicale de 500 € | Piste à l’étude, non décidée |
| Ticket modérateur des médicaments | Déjà doublé depuis le 1er janvier 2026 (minimum 2 €/boîte) |
| Ticket modérateur des consultations généralistes en 2026 | Inchangé : 4 € (1 € pour les BIM) |
| Décision politique attendue | Conclave budgétaire prévu en octobre 2026 |
La mesure est donc réelle en tant que piste budgétaire chiffrée et documentée, activement discutée au sein du gouvernement fédéral belge, mais elle n’a, à la mi-juillet 2026, fait l’objet d’aucun accord politique ni d’aucune décision définitive. Le sort du dossier se jouera vraisemblablement lors des négociations budgétaires d’octobre.
Sources : L’Écho, La Libre, RTBF, Moustique, DH/Les Sports+ (juillet 2026 et budget INAMI 2026)
