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dimanche 11 octobre 2026 · 20:02 · Bruxelles Le Média Du Peuple

Changement d’heure en Belgique : économise-t-on vraiment de l’électricité ?

Les économies d’électricité liées à l’heure d’été restent faibles et variables. Santé, sommeil et lumière du jour pèsent désormais davantage dans le débat belge.

Deux horloges illustrant le changement d’heure en Belgique : octobre moins une heure et mars plus une heure
Image d’illustration

Deux fois par an, la Belgique avance ou recule ses horloges d’une heure. Présentée historiquement comme une mesure d’économie d’énergie, cette pratique suscite aujourd’hui des interrogations : permet-elle encore de réduire la consommation électrique ? Quels sont ses effets sur le sommeil, la santé, les accidents et l’économie ? Les études livrent un bilan nuancé.

L’essentiel

  • Les économies d’électricité attribuables à l’heure d’été sont généralement faibles et dépendent du climat et des usages.
  • Une méta-analyse internationale de 44 études a estimé une économie moyenne de 0,34 % pendant les jours soumis à l’heure d’été, et non une réduction annuelle garantie.
  • Le passage de mars perturbe temporairement le sommeil et peut s’accompagner de risques de santé et de sécurité à court terme.
  • Une suppression des changements imposerait de choisir entre heure d’hiver et heure d’été permanentes, avec des conséquences très différentes pour la lumière du matin et du soir.
  • En octobre 2026, l’Union européenne n’a pas définitivement adopté la suppression des changements saisonniers.

Pourquoi avançons-nous et reculons-nous les horloges ?

Le dernier dimanche de mars, à 2 heures, il devient 3 heures : la Belgique passe de l’heure normale (UTC+1) à l’heure d’été (UTC+2). Le dernier dimanche d’octobre, à 3 heures, il redevient 2 heures. En 2026, ce retour aura lieu le 25 octobre. Le changement ne modifie ni la durée réelle du jour ni la position du soleil : il décale uniquement les activités humaines par rapport à la lumière naturelle.

L’idée était de réduire le besoin d’éclairage artificiel en soirée. Elle a pris de l’importance durant les crises énergétiques du XXe siècle. Toutefois, les habitudes et les technologies ont profondément changé depuis.

Que disent les études sur l’électricité ?

Une méta-analyse de Havránek et collaborateurs, regroupant 44 études et 162 estimations, rapporte une économie moyenne d’électricité d’environ 0,34 % les jours d’heure d’été. Cette valeur moyenne masque de fortes disparités géographiques et méthodologiques. Il serait incorrect de la présenter comme une économie annuelle de 0,34 % pour tous les ménages belges.

Dans son analyse de 2018, la Commission européenne relève notamment des estimations historiques d’environ 440 GWh d’éclairage économisés en France et de 580 GWh d’électricité en Italie, suivant les années et méthodes considérées. Ces chiffres ne constituent pas une mesure actualisée de l’effet net en Belgique en 2026.

À l’inverse, une étude consacrée à l’Indiana, aux États-Unis, a constaté une hausse d’environ 1 % de la consommation résidentielle d’électricité dans les zones étudiées après l’introduction de l’heure d’été. Les économies d’éclairage y étaient plus que compensées par le chauffage et la climatisation. Le climat de l’Indiana diffère de celui de la Belgique : cette étude montre la variabilité des résultats, sans permettre de transposer son chiffre.

Pourquoi les économies sont-elles si modestes ?

L’éclairage LED

Une lampe moderne consomme beaucoup moins qu’une ancienne ampoule à incandescence. Éviter une heure d’éclairage a donc un effet plus limité.

Le chauffage et la climatisation

Déplacer les activités vers des heures plus chaudes ou plus froides peut modifier les besoins de chauffage ou de refroidissement.

La consommation indépendante de la lumière

Réfrigérateurs, centres de données, appareils électroniques et nombreux équipements industriels fonctionnent quel que soit le coucher du soleil.

Les comportements

Des soirées plus lumineuses favorisent parfois les sorties et les déplacements, avec des effets énergétiques positifs ou négatifs selon les situations.

Quel impact sur la facture d’un ménage ?

Exemple purement illustratif : pour un ménage consommant 3 500 kWh par an, une hypothétique économie annuelle de 0,2 % correspondrait à 7 kWh, soit 2,10 euros avec un prix supposé de 0,30 euro/kWh. Ce calcul n’est pas une prévision de gain réel : il sert uniquement à montrer l’ordre de grandeur d’un faible pourcentage. Les économies réelles peuvent être nulles, positives ou négatives.

Santé : un changement d’une heure qui n’est pas anodin

Le passage à l’heure d’été réduit les possibilités de sommeil pendant la nuit de transition et décale l’horloge biologique. Les études sur le sommeil constatent des perturbations dans les jours qui suivent, surtout chez les personnes ayant des horaires rigides ou une tendance naturelle à se coucher tard. Le retour d’octobre est généralement mieux toléré, mais n’est pas neutre pour tout le monde.

Certaines études et méta-analyses associent le passage de mars à une augmentation relative et temporaire d’événements cardiovasculaires, notamment les infarctus. Les estimations varient et les études observationnelles ne démontrent pas à elles seules une relation causale pour chaque cas. Une hausse relative de quelques pour cent ne signifie pas que quelques pour cent de la population subiront un infarctus.

Pour la sécurité routière, deux mécanismes s’opposent : la fatigue après la transition peut accroître certains risques, tandis qu’une luminosité plus importante en fin de journée peut en réduire d’autres. Les résultats dépendent du type d’accident, de la saison et de l’heure examinée. Il faut éviter de résumer toutes les recherches par une affirmation absolue.

Les autres avantages et inconvénients

Avantages possibles

  • Plus de lumière après le travail ou l’école pendant la période d’été.
  • Activités sportives et récréatives extérieures facilitées en soirée.
  • Effets potentiellement favorables pour certains commerces, restaurants et secteurs touristiques.
  • Économies d’éclairage, modestes et non systématiques.

Inconvénients et coûts possibles

  • Fatigue, troubles du sommeil et difficultés de concentration autour du changement de mars.
  • Contraintes pour les transports, les services internationaux, les systèmes informatiques et les horaires de travail.
  • Effets variables sur le chauffage, la climatisation et la demande électrique.
  • Nécessité de s’adapter deux fois par an, sans bénéfice énergétique majeur démontré pour tous les pays.

Trois scénarios pour la Belgique

Les horaires suivants sont des approximations pour Bruxelles, près des solstices de décembre et de juin. Ils illustrent l’effet sur la lumière du jour, pas une prévision météorologique.

Conserver le système actuel

Cette option préserve des soirées estivales longues et évite des levers de soleil très tardifs en plein hiver. Son coût principal est la double transition annuelle.

Adopter l’heure d’hiver permanente (UTC+1)

Cette option supprime les transitions et rapproche les horaires sociaux de la lumière matinale. Elle bénéficie d’arguments chronobiologiques, mais fait perdre une heure de lumière en soirée durant l’été par rapport à la situation actuelle.

Adopter l’heure d’été permanente (UTC+2)

Cette option conserve les soirées estivales actuelles et décale le coucher du soleil d’une heure en hiver. En contrepartie, le soleil pourrait se lever vers 9h43 à Bruxelles en décembre, alors que beaucoup d’élèves et de travailleurs auraient déjà commencé leur journée.

Climat, émissions et réseau électrique

L’effet sur les émissions de CO₂ ne se déduit pas mécaniquement de l’électricité consommée : il dépend également du mix de production et de l’heure à laquelle la demande survient. En Belgique, la progression des panneaux photovoltaïques, des tarifs dynamiques et de la flexibilité du réseau justifie une nouvelle évaluation nationale basée sur des données horaires récentes. Les estimations anciennes d’éclairage ne suffisent pas à trancher ce sujet.

Pourquoi l’Europe n’a-t-elle pas supprimé le changement d’heure ?

En 2018, une consultation publique de la Commission européenne a recueilli environ 4,6 millions de réponses ; 84 % des participants se sont déclarés favorables à la fin des changements saisonniers. Cette consultation volontaire n’était toutefois pas représentative de tous les Européens. Le Parlement européen a soutenu le principe d’une suppression en 2019, mais les États membres n’ont pas trouvé d’accord au Conseil sur la mise en œuvre et la coordination des fuseaux horaires. Au 11 octobre 2026, aucune suppression définitive n’est entrée en vigueur.

Conclusion : l’électricité ne suffit plus à justifier le système

Les données scientifiques disponibles suggèrent que les économies électriques liées à l’heure d’été sont faibles, hétérogènes et parfois annulées par d’autres consommations. Le principal arbitrage concerne désormais le rythme biologique, la lumière disponible le matin et le soir, les déplacements, l’organisation économique et la coordination européenne. Pour la Belgique, une décision solide demanderait une comparaison actualisée des trois scénarios, et non la seule invocation d’économies d’énergie historiques.

Sources

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