La pollution de l’air en Belgique a été associée à 9 695 décès en 2022, soit 9,3 % de l’ensemble des décès enregistrés cette année-là. Cette estimation, publiée dans le cadre du suivi national du fardeau de la maladie piloté par Sciensano, ne correspond pas à un comptage sur les certificats de décès. Elle mesure, à l’aide de modèles épidémiologiques, la part de mortalité statistiquement attribuable à l’exposition aux particules fines, au dioxyde d’azote et à l’ozone.
Les données ont été mises à jour le 30 juillet 2026 sur le portail officiel Belgique en bonne santé. Elles ont ensuite été relayées les 6 et 7 août par plusieurs médias médicaux belges. Au total, Sciensano estime que plus de 153 000 années de vie ont été perdues prématurément en 2022 en lien avec ces polluants.
Pollution de l’air en Belgique : que signifient les 9 695 décès ?
Le chiffre de 9 695 décès doit être interprété avec précision. Il s’agit d’une estimation du fardeau sanitaire à l’échelle de la population, et non de personnes dont le dossier médical porterait la mention « pollution de l’air » comme cause directe. Les chercheurs combinent des données sur l’exposition, la mortalité et les risques connus pour différentes maladies.
Cette méthode permet d’évaluer combien de décès auraient théoriquement pu être évités si l’exposition avait été ramenée à un niveau de référence. Elle comporte donc des incertitudes, comme toute modélisation. Elle reste néanmoins un outil reconnu pour comparer les risques, suivre leur évolution et orienter les politiques de santé publique.
Pour 2022, la répartition publiée est la suivante :
- 5 811 décès associés aux particules fines PM2,5, soit 5 % de tous les décès en Belgique ;
- 2 950 décès associés au dioxyde d’azote, ou NO2 ;
- 934 décès associés à l’ozone, ou O3.
Les effets de ces polluants peuvent se chevaucher et les résultats dépendent des hypothèses retenues. Ils ne doivent donc pas être utilisés pour attribuer avec certitude un décès individuel à une source précise.
Les particules fines représentent le principal fardeau
Les PM2,5 sont des particules dont le diamètre ne dépasse pas 2,5 micromètres. Leur petite taille leur permet de pénétrer profondément dans les poumons et, pour certaines, de rejoindre la circulation sanguine. Elles proviennent notamment du chauffage, du trafic, de l’industrie et de transformations chimiques dans l’atmosphère.
Sciensano relie l’exposition aux particules fines à plusieurs maladies cardiovasculaires et respiratoires, mais aussi au cancer du poumon et au diabète. L’Organisation mondiale de la Santé considère également la pollution de l’air extérieur comme un risque majeur de santé environnementale.
Le dioxyde d’azote est fortement lié aux émissions du trafic routier dans les zones urbaines. Il est associé notamment aux cardiopathies ischémiques, aux maladies cérébrovasculaires et aux bronchopneumopathies chroniques obstructives. L’ozone se forme pour sa part sous l’effet du soleil à partir d’autres polluants. Les épisodes chauds peuvent favoriser son accumulation, ce qui rend le sujet particulièrement sensible durant les périodes de forte chaleur. Notre article sur l’alerte chaleur en Belgique rappelle les précautions utiles pendant ces épisodes.
Une amélioration de l’air qui ne supprime pas le risque
La qualité de l’air s’est améliorée en Belgique au cours des dernières décennies, mais le fardeau sanitaire reste élevé. La Cellule interrégionale de l’environnement, IRCEL-CELINE, souligne dans son bilan provisoire de la qualité de l’air en 2025 que l’exposition aux PM2,5, au NO2 et à l’ozone continue d’accroître le risque de maladies aiguës et chroniques.
Les indicateurs ne racontent donc pas une histoire contradictoire. Les émissions et certaines concentrations peuvent diminuer, tandis que l’exposition résiduelle continue à produire des effets importants sur une population vieillissante. Les résultats varient aussi selon les méthodes, les seuils de référence et les maladies incluses dans chaque étude.
Les inégalités territoriales et sociales jouent également un rôle. Les personnes vivant près d’axes très fréquentés ou dans des quartiers cumulant plusieurs nuisances peuvent être davantage exposées. Les restrictions de circulation, comme celles qui concernent certains véhicules dans la zone de basses émissions, visent notamment à réduire les polluants urbains. Nous avions détaillé les changements qui peuvent empêcher près de 200 000 automobilistes d’entrer à Bruxelles.
Comment suivre la qualité de l’air au quotidien ?
Les habitants peuvent consulter les mesures et prévisions officielles sur le site d’IRCEL-CELINE ou via l’application BelAir. L’indice synthétise la situation pour les particules, le dioxyde d’azote et l’ozone. Lors d’un épisode défavorable, les personnes souffrant de maladies respiratoires ou cardiovasculaires, les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes doivent être particulièrement attentifs aux recommandations sanitaires.
Quelques gestes réduisent l’exposition individuelle : éviter un effort physique intense à proximité d’un trafic dense, privilégier des itinéraires moins fréquentés pour marcher ou pédaler et aérer le logement lorsque la qualité de l’air extérieur est meilleure. Ces précautions ne remplacent pas les politiques collectives, car une grande partie du risque dépend des transports, du chauffage, de l’industrie et de l’aménagement urbain.
Un enjeu sanitaire qui dépasse la seule respiration
Les données de Sciensano montrent que la pollution atmosphérique ne concerne pas uniquement l’asthme ou l’inconfort respiratoire. Son empreinte statistique touche le cœur, les vaisseaux sanguins, les poumons et plusieurs maladies chroniques. Elle rejoint plus largement la question des inégalités d’accès à la prévention et aux soins, déjà soulevée dans notre analyse sur les inégalités croissantes dans l’accès aux soins.
Le message principal est double : les progrès réalisés sur la qualité de l’air sont réels, mais ils ne suffisent pas encore à éliminer un risque sanitaire majeur. Les 9 695 décès associés en 2022 doivent être lus comme un signal de santé publique fondé sur des estimations populationnelles, et non comme une liste de cas individuels établis avec certitude.

