Des millions de travailleurs concernés : vers la fin des voitures de société et des chèques-repas ?

billet d'avion moins cher https://ecofly.be

Les voitures de société, les cartes carburant, les écochèques et les chèques-repas pourraient-ils disparaître en Belgique ? Ces avantages extralégaux figurent parmi les nombreuses pistes examinées pour redresser les finances publiques. Leur traitement fiscal et social avantageux représenterait un manque à gagner de plusieurs milliards d’euros pour l’État.

Selon un rapport remis au gouvernement fédéral dans le cadre de la préparation du budget 2027, la suppression de plusieurs niches fiscales liées aux rémunérations alternatives pourrait augmenter directement les recettes publiques de 4,5 à 5,5 milliards d’euros. [1]

Mais contrairement à ce que certains titres peuvent laisser entendre, aucune décision n’a encore été prise. Le rapport ne demande pas nécessairement d’interdire les voitures de société ou de supprimer physiquement les cartes et les chèques. Il présente différentes possibilités parmi lesquelles le gouvernement devra éventuellement choisir.


Pourquoi ces avantages se retrouvent-ils à la table du gouvernement ?

Le gouvernement fédéral a demandé au Bureau fédéral du Plan d’identifier des mesures susceptibles d’améliorer la situation budgétaire belge. Cette demande a été adressée le 17 avril 2026, avec pour objectif de disposer d’un catalogue de propositions avant les négociations relatives au budget 2027.

Le document final comprend 264 mesures couvrant notamment les pensions, les soins de santé, les allocations sociales, les subsides aux entreprises, la fiscalité immobilière, les revenus du capital, la TVA, les dépenses publiques et les avantages extralégaux.

Le Bureau du Plan précise qu’il ne recommande pas une mesure plutôt qu’une autre. Son rôle consiste à présenter et, lorsque cela est possible, à chiffrer les différentes solutions. La décision finale appartient au gouvernement et aux partis de la majorité.

Cette recherche d’économies s’explique par la situation préoccupante des finances publiques. Selon les prévisions économiques européennes du printemps 2026, le déficit public belge s’est élevé à environ 5,2 % du produit intérieur brut en 2025. Il devrait rester proche de 5,2 % en 2026, puis atteindre 5,4 % en 2027. La dette publique pourrait, quant à elle, passer de 107,9 % du PIB en 2025 à 112,8 % en 2027. [2]

Le gouvernement doit donc trouver plusieurs milliards d’euros afin de limiter la progression du déficit et de respecter progressivement les engagements budgétaires européens.


Que signifie exactement une « suppression » de ces avantages ?

Le mot « suppression » peut prêter à confusion. Plusieurs scénarios sont possibles.

Le gouvernement pourrait effectivement décider de faire disparaître certains avantages, mais il pourrait aussi simplement supprimer leur traitement fiscal favorable. Dans ce deuxième cas, les entreprises pourraient continuer à proposer une voiture, une carte carburant ou des chèques-repas, mais ces avantages seraient davantage taxés et soumis aux cotisations sociales, comme une rémunération ordinaire.

Actuellement, une partie importante des avantages extralégaux échappe totalement ou partiellement aux cotisations sociales et à l’impôt. Un employeur peut donc offrir un avantage possédant une valeur nette relativement importante pour un coût inférieur à celui d’une augmentation équivalente du salaire brut.

La piste examinée consisterait à réduire ou à supprimer cette différence de traitement. Les avantages concernés seraient alors intégrés plus largement dans la rémunération imposable.

Le rendement annoncé de 4,5 à 5,5 milliards d’euros correspond toutefois à une estimation directe. Il ne constitue pas une garantie de recettes. Les employeurs et les travailleurs pourraient modifier leur comportement, réduire certains avantages, privilégier d’autres formes de rémunération ou adapter les salaires. Les effets économiques indirects pourraient donc diminuer le rendement réel de la mesure.


Les chèques-repas : l’avantage qui concerne le plus de travailleurs

Les chèques-repas constituent l’avantage extralégal le plus répandu en Belgique. En 2024, 76,52 % des travailleurs salariés en bénéficiaient, contre 61,90 % en 2018. [3]

Depuis le 1er janvier 2026, la valeur maximale d’un chèque-repas est passée de 8 à 10 euros. La contribution maximale de l’employeur peut atteindre 8,91 euros, tandis que le travailleur doit participer à hauteur d’au moins 1,09 euro.

Lorsque les conditions légales sont respectées, la contribution patronale n’est pas soumise aux cotisations ordinaires de sécurité sociale et n’est pas imposée comme un salaire dans le chef du travailleur.

Pour une personne recevant 220 chèques-repas de 10 euros sur une année, la valeur faciale totale atteint environ 2.200 euros. La contribution du travailleur représente au minimum près de 240 euros, tandis que celle de l’employeur peut approcher 1.960 euros.

Si la contribution patronale était taxée comme une rémunération classique, le travailleur ne perdrait pas nécessairement la totalité de cette somme. Tout dépendrait de la manière dont l’employeur réorganiserait le package salarial. Cependant, à budget patronal identique, une transformation en salaire brut produirait généralement un montant net inférieur en raison des cotisations sociales et de l’impôt.

La remise en cause des chèques-repas paraît d’autant plus sensible que le gouvernement vient précisément d’autoriser leur augmentation à 10 euros en 2026. Supprimer rapidement leur avantage fiscal donnerait donc l’impression de revenir sur une mesure récemment présentée comme un soutien au pouvoir d’achat.


Les écochèques étaient déjà destinés à disparaître progressivement

Les écochèques permettent aux travailleurs d’acheter certains produits et services considérés comme écologiques. Ils peuvent notamment être utilisés pour des appareils économes en énergie, des produits biologiques, des vélos, des articles de seconde main, des matériaux d’isolation ou certains équipements de jardinage.

Ils sont exonérés d’impôt et de cotisations sociales lorsque les conditions légales sont respectées. Leur montant peut atteindre 250 euros par an et par travailleur.

Selon les données de l’ONSS, 51,71 % des salariés bénéficiaient d’écochèques en 2024. Ils représentent donc un élément important de la rémunération dans de nombreux secteurs.

L’accord du gouvernement fédéral prévoyait déjà une extinction progressive des écochèques et d’autres chèques, en concertation avec les partenaires sociaux. L’idée envisagée était notamment d’élargir les possibilités d’utilisation des chèques-repas et de simplifier le système.

Au mois de juin 2026, aucune mesure générale d’exécution n’avait néanmoins encore organisé leur suppression complète. Les règles existantes restent donc applicables. [4]

Une disparition des écochèques ne signifie pas automatiquement une perte de 250 euros pour chaque travailleur. Les conventions collectives pourraient prévoir un remplacement, par exemple sous la forme de chèques-repas supplémentaires, d’une prime ou d’un autre avantage. Mais sans compensation intégrale, le pouvoir d’achat des bénéficiaires diminuerait.


Les voitures de société représentent le principal enjeu financier

L’usage privé d’une voiture de société concerne environ 22 % des travailleurs salariés. Le parc comptait près de 580.000 voitures de fonction à la fin de l’année 2025. [5]

La fiscalité de ces véhicules repose actuellement sur plusieurs mécanismes. Le travailleur est imposé sur un avantage de toute nature calculé notamment en fonction de la valeur catalogue, de l’âge, du carburant et des émissions de CO₂ du véhicule.

Il ne paie cependant pas les cotisations sociales personnelles ordinaires qui seraient dues si la valeur complète de la voiture était versée sous la forme d’un salaire. L’employeur paie pour sa part une cotisation de solidarité dont le montant dépend principalement du carburant et des émissions du véhicule.

Le Bureau fédéral du Plan avait déjà étudié séparément le coût budgétaire du régime des voitures de société. En comparant le système actuel à un scénario dans lequel leur valeur serait taxée comme un salaire, l’écart de recettes était estimé à environ 4,7 milliards d’euros en 2025 et 5,2 milliards en 2028. [6]

Ce montant doit toutefois être interprété avec prudence. Il dépend de la méthode utilisée pour déterminer la valeur réelle de l’avantage, des kilomètres privés parcourus, du coût total du véhicule et de la réaction des employeurs. Le rendement réel d’une réforme serait probablement différent du résultat théorique.

Il faut également distinguer les voitures dites « salaire » des véhicules indispensables à l’exercice d’une profession. Un technicien, un commercial, un infirmier à domicile ou un travailleur effectuant de nombreux déplacements professionnels ne se trouve pas dans la même situation qu’un salarié utilisant principalement son véhicule de société pour ses déplacements privés.

Une réforme pourrait donc prévoir des exceptions ou des traitements différents selon l’utilisation professionnelle du véhicule.


Le parc automobile de société s’est fortement électrifié

Une suppression du régime fiscal des voitures de société pourrait également avoir des conséquences sur la transition énergétique.

À la fin de 2025, 37,19 % des voitures de société étaient entièrement électriques, 30,98 % étaient hybrides et 31,83 % utilisaient exclusivement un moteur thermique. Quatre ans auparavant, les véhicules thermiques représentaient encore plus de 82 % du parc.

Parmi les nouvelles voitures de société immatriculées au quatrième trimestre 2025, plus de 80 % étaient entièrement électriques. La fiscalité des voitures de société a donc joué un rôle important dans l’électrification rapide du parc belge.

Les défenseurs du système estiment que sa disparition brutale pourrait ralentir le renouvellement des véhicules électriques. Ses opposants considèrent au contraire que l’avantage continue à favoriser la circulation automobile, les embouteillages et l’octroi de véhicules parfois plus grands que nécessaire.

Le gouvernement pourrait chercher un compromis en conservant certains avantages pour les véhicules zéro émission tout en réduisant ceux qui concernent l’usage privé ou les véhicules les plus coûteux.


Qu’adviendrait-il des cartes carburant ?

Lorsqu’une carte carburant est liée à une voiture de société pouvant être utilisée à titre privé, le carburant payé par l’employeur n’est généralement pas imposé séparément chez le travailleur. Il est couvert par l’avantage de toute nature calculé pour le véhicule.

Cette situation est régulièrement critiquée, car une personne effectuant beaucoup de kilomètres privés ne paie pas nécessairement davantage d’impôt qu’un travailleur utilisant peu sa voiture. Une carte carburant illimitée peut ainsi encourager les déplacements supplémentaires.

Plusieurs options sont envisageables : supprimer les cartes carburant pour les trajets privés, fixer un plafond annuel, faire payer les consommations privées au travailleur, appliquer un avantage imposable supplémentaire ou réserver la carte aux déplacements strictement professionnels.

Avec la progression des voitures électriques, le même débat concerne désormais les cartes de recharge et l’électricité utilisée au domicile du travailleur.


Quelles seraient les conséquences pour les travailleurs ?

Une réforme brutale pourrait provoquer une diminution importante du revenu disponible de certains salariés. Les personnes cumulant une voiture de société, une carte carburant, des chèques-repas et des écochèques seraient les plus exposées.

Dans de nombreux cas, ces avantages ont été négociés en remplacement d’une augmentation salariale. Les travailleurs les considèrent donc comme une partie intégrante de leur rémunération et non comme un simple cadeau de l’employeur.

Une suppression sans compensation pourrait entraîner une perte de pouvoir d’achat. Une conversion en salaire brut pourrait limiter cette perte, mais elle ne permettrait généralement pas de conserver la même valeur nette à coût patronal égal.

L’impact serait également très différent selon le lieu de résidence. Une personne vivant dans une grande ville bien desservie par les transports publics peut plus facilement renoncer à une voiture qu’un travailleur habitant une zone rurale ou travaillant avec des horaires décalés.

Les ménages utilisant leurs chèques-repas pour les dépenses alimentaires courantes pourraient, de leur côté, ressentir directement toute diminution de cet avantage.


Quelles conséquences pour les entreprises ?

Pour les entreprises, les avantages extralégaux constituent un moyen d’attirer et de conserver des travailleurs tout en maîtrisant les coûts salariaux. Leur remise en cause pourrait compliquer le recrutement dans les secteurs où les voitures, les cartes carburant et les chèques font partie du package habituel.

Les employeurs pourraient être contraints de proposer des salaires bruts plus élevés pour maintenir une rémunération nette compétitive. Le coût du travail risquerait alors d’augmenter, sauf si la réforme était accompagnée d’une réduction générale des cotisations patronales.

Les entreprises devraient également revoir leurs contrats de travail, leurs conventions collectives, leurs politiques automobiles et leurs contrats de leasing. Une période transitoire serait indispensable pour les véhicules déjà commandés ou loués pour plusieurs années.

À l’inverse, une simplification des différentes formes de rémunération pourrait diminuer certaines charges administratives. Un système reposant davantage sur le salaire et moins sur une multitude de chèques, de cartes et d’exonérations serait plus lisible.


Les arguments en faveur de la réforme

Les partisans d’une suppression des niches fiscales estiment que tous les revenus du travail devraient être taxés de manière comparable. Deux salariés recevant une rémunération totale identique peuvent actuellement payer des montants très différents d’impôts et de cotisations selon la composition de leur package.

Une réforme permettrait également d’élargir la base de financement de la sécurité sociale, de simplifier la fiscalité et de réduire les mécanismes d’optimisation salariale.

Pour les voitures de société, elle pourrait encourager les transports publics, le vélo, le covoiturage et le budget mobilité. Elle réduirait aussi l’avantage accordé aux travailleurs qui parcourent de nombreux kilomètres privés aux frais de leur employeur.

Enfin, les recettes potentielles sont particulièrement importantes dans un contexte où la Belgique doit trouver plusieurs milliards d’euros.


Les arguments contre une suppression généralisée

Les opposants craignent avant tout une nouvelle atteinte au pouvoir d’achat des travailleurs. Après plusieurs réformes du chômage, des pensions, de la fiscalité et des dépenses publiques, la suppression d’avantages largement utilisés pourrait être perçue comme une taxe supplémentaire sur le travail.

Ils soulignent également que les chèques-repas soutiennent les dépenses alimentaires et que les écochèques encouragent certains achats durables.

Concernant les voitures, une mesure uniforme ne tiendrait pas suffisamment compte des besoins professionnels, de la faiblesse des transports publics dans certaines régions et des contrats de leasing existants.

Une taxation plus lourde pourrait enfin augmenter les coûts salariaux et réduire la compétitivité des entreprises belges si les travailleurs exigent une compensation.


Une suppression totale reste peu probable à court terme

Au regard du nombre de travailleurs concernés, supprimer simultanément les voitures de société, les cartes carburant, les écochèques et les chèques-repas provoquerait un choc social et économique considérable.

Un scénario progressif paraît plus réaliste. Le gouvernement pourrait limiter certains avantages, relever leur taxation, instaurer des plafonds, protéger les droits acquis ou organiser leur conversion vers un salaire, un budget mobilité ou un avantage plus uniforme.

Les voitures indispensables au travail pourraient bénéficier d’un régime distinct. Les anciens contrats pourraient continuer temporairement selon les règles actuelles, tandis que de nouvelles règles s’appliqueraient uniquement aux véhicules ou avantages octroyés après une date déterminée.

Les partenaires sociaux devraient également être associés, car de nombreux avantages sont prévus par des conventions collectives sectorielles ou d’entreprise.


Rien n’est encore décidé

Au mois de juin 2026, les voitures de société, les cartes carburant, les chèques-repas et les écochèques ne sont pas supprimés.

Le rapport du Bureau fédéral du Plan constitue un catalogue de possibilités et non un accord gouvernemental. Les règles actuelles continuent donc de s’appliquer tant qu’aucune loi, aucun arrêté royal ou aucune convention collective ne les modifie.

Le chiffre de 4,5 milliards d’euros représente le bas d’une estimation des recettes fiscales directes qui pourraient être obtenues en supprimant plusieurs traitements préférentiels. Il ne correspond pas nécessairement au montant que l’État percevrait réellement après prise en compte des compensations salariales, des changements de comportement et des conséquences économiques.

Le débat révèle néanmoins que les avantages extralégaux seront probablement au centre des prochaines négociations budgétaires. Leur importance dans les packages salariaux belges en fait une source potentielle de recettes considérable, mais aussi l’un des dossiers politiquement les plus sensibles du budget 2027.

A propos de Ben 200 Articles
Ben est l’auteur principal du site. Passionné par l’écriture et l’information, il rédige des articles de presse avec le souci constant de transmettre des contenus clairs, fiables et utiles. Curieux de nature, il aime enquêter, analyser les faits, débattre d’idées et explorer des solutions aux enjeux actuels. À travers ses écrits, Ben cherche avant tout à informer, éclairer et encourager la réflexion.